‹ Poésies. Nouv. éd. augm. et précédé d'une noticeChapitre 31 sur 108 · LA FLEUR DU SOL NATAL · texte numérisé non relu

LA FLEUR DU SOL NATAL

A M. DU THILLŒI'L

0 fleur du soi natal! ô verdure sauvage! Par (pielle main cacbée ariiveg-tu veis moi? 0 mon pays! (pielle àmo ainumte, à Ion rivage, A compris (pi'une fleur me parlerait de toi?

' Jt iluis il col iiiiïénioux pivï^onl (Vuu compatriote uno surprise dont le souvenir ne s'elTaceni jamais de mon cœur. A deux cents lieues de mon pays, je reçus un panier de fleurs cueillies sous les

Oiiolclinrmcm'cmironno, et. quoi dieu lomptma chaîne? La vie est libre eiicor... je lui pardonne tout! Sol natal! sol natal ! dans ta suave haleine, Dans tes parfums, la vie a comme un autre goût. Voilà le souvenir au pénétrant silence ; Sans philtre, sans breuvage, il endort la douleur : Sur mes jours fatigués son aile se balance; C'c'-t une halte dn malheur.

Le voilà ce beau lac dont l'eau n'est point amère;

Ma nacelle dormeuse y flotte seule en paix.

Le voilà le doux chaume où m'enfanta ma mère,

Où, cachée au malheur, je ne pleurais jamais.

flette jeune Albertine, à nos foyers restée,

Ce lilas embaumé rpie je croyais perdu,

0 fleur, sauvage fleur de ma rive enchantée,

Transfuge de nos bois, lu m'as donc tout rendu !

Des arbres ({ui régnaient le long de nos rivages Tu m'apportes le bruit... il lafraîchit mon sort : Une colombe y pleure; et ces profonds ombrages. Far toi, si puissamment me protègent encor.

Que les vents balancent leur faite,

Roulant devant eux la tempête,

L'éclair, l'ouragan, la terreur.

Et laissent à mes pieds le calme et la fraîcheur.

remparts de Douai. Ceux qui n'ont pas vu leur pays depuis reufance jugeront de l'impression que firent sur moi ces fleurs sauvages, traversant une longue route, soigneusement cachées dans une nious;;e fraîche qu'elles avaient emhaumée.

lOG POÉSIES.

Emporic-moi, soulfle crranl, doux génie, Sur mou rempart tant clianlc', tant aimé; Et(jno ma coudre un jour soit réunie A rinmible terre où mon cœur s'est Ibrmé! Aux uns de l'or... à moi des fleurs suaves : Oh! dans les Heurs précipite mes pas!

J'en vois languir sur (\es rives esclaves, Mais ma fierté ne s'en couronne pas.

Qu'il est Irais, qu'il est doux Tair de l 'indépendance, .^u cœur épanoui sur nu sol libre et pur! () mon pays! ton nom, qui m'olfreun ciel d'azur, hend à mes traits souffrants le rire de l'enfance. Nomme eucor mon pays, rêve aux accents d'amour; Jette sur mon sommeil les fleurs de ma vallée;

Que, dans ce miroir consolée, Je réchaufl'e ma vie au reflet d'un beau jour! Sur l'invisible ami qui devina mon âme. Dieu! versez les trésors qui germent dans vos mains! Liez ses jours heureux à d'heureux lendemains, Et de soie et de fleuis formez leur longue hame! Que |)our lui, pour lui seul, l'amour soit sans regrol ! Ciel! an nom de la fleur (pi'il me jeta vermeille. Qu'un bonheur assidu chaque jour le réveille.

Et lui eoiilie un doux secivl !

riui, nous allons encore essayer un voyage. Avril est né d'hier, il vole au fond des bois : Doux avril! on entend parlont sa jeune voix, Partout ses doigts légers déroulent le l'enillage. L;> nature s'habille; il faut prendre l'essor : A l'ombre de ma vie abritez votre sort; liuiocents pèlerins, suivez ma destinée.

Dans la vôtre, (pe Dieu rende plus fortunée! Allez cueillir des join^s libres et triomphants; Moi je bénis les miens : vous êtes mes enfants! Le mortel le plus humble est lier de son ouvrage : Combien ce tendie orgueil m'a donné de courage ! Oh ! que de fois, sensible et vaine tour à tonr. J'ai pensé qu'une reine envierait ma fortune ! Et je plaignais la reine en sa gloire importune : Elle est à plaindre; elle a d'autres soins que l'amour

Sur son enfant qui doi t ces grilles formidables, Ces gardes sans sommeil, à l'œil toujours ouvert,

Ces hommes habillés de fer, Disent que les palais sont des lieux redoutables. Ses baiser maternels par jour lui sont comptés ; Jamais sans des témoins son cœur ne se déploie; Et tous ses mouvements de tristesse ou de joie Sous son manteau de reine expirent arrêtés. Elle n'a que ses yeux pour répandre son àme.

Pour cuiL'sser l'objut de ses j)iires ilouleurs ; Son eiitiint ra[)pelle : «Madume! »

Et Dieu seul voit tomber ses pleurs.

Moi, par le momie errante, et j)artout étrangère, A vos berceaux de mousse à la bâte formés, Seule, ardente à veiller mes amours tant aimés, J'ai trouvé l'heure agile et ma tache légère. Et vous, enveloppés de pavots frais et purs, Vous livrez votre vie à ma garde attentive;

Vos doux jeux me rendent captive,

Vos rêves ne sont pas moins sûrs.

Confiants, vous dansez quand votre mère chante ; Son baiser vous délasse et vous mène au sommeil. Sans prévoir que souvent la voix qui vous enchante Va prier dans les pleurs jusqu'à votre réveil.

Je vous couvais encore, ô ma jeune famille,

Quand j'emportai vos jours loin d'un ciel sans chaleur

Et je sentais naître ma lille Dans mon sein, tout blessé des flèches du malheur. Vous partagiez déjà notre errant esclavage, Dociles émigrés ! l'aibles, tremblants et doux,

A peine éclos sur le rivage.

Vos mobiles destins s'envolaient avec nous. Que ne peut-on fixer votre trace légère. Votre audace riante, à la crainte étrangère, Age heureux ! courts instants des naïves erreurs ! Inhabile aux soupçons, aux jalouses fureurs ! Moi seule, en vous berçant d'amour, de mélodie. Je vous inoculai ma douce maladie.

Déjà vous bégayez d'imparfaites chansons.

ÉLÉGIES. i09

Et vos voix et vos cœurs vibrent de mes leçons. De ce peu que je sais je vous instruis moi-même; Je vous aide à m'aimer autant que je vous aime ; Je vous aide à cheiclier les mots les plus touchants l^our charmer votre père, attendri de vos chants. Je vous dis : « Aimez Dieu, car lui seul nous protège, Lui seul vous ;iime, enfants, comme si les grandeurs A vos fronts ingénus attachaient leurs splendeuis : Il prèle sa lumière à notre humble cortège; Et, pour nons soutenir sur les bords du chemin, Devant nous i! étend son imisibie main i •>

Doux échos de mon âme, écoutez votre mère : Un jour vous serez seuls, par la sentence amère (jui sépare de force entie eux les voyageurs : Ne craignez pas pour moi d'anathèmes vengeurs; Relisez ces tableaux d'une innocente vie; Purs et vrais comme vous, ils désarmaient l'envie : " Alors devant Dieu seul mettez-vous à genoux. Enfants! priez pour moi : j'ai tant prié pour vous! Sui' la route plus triste errez du moins ensemble! Contemplez ce nuage : hélas! il nous ressemble, Il va vite. En courant levez parfois les yeux : IS'ayez peur, mes amis, je serai dans les cieux.

Vous comprendrez alors ces vœux mélancoliques Où mon àme, n'osant tout haut se révéler,

Dans ses alarmes prophétiques,

Vous plaignait sans vous en parler.

Car l'imprévoyante colombe-

Qui librement passait dans l'air,

Au trait parti comme l'éclair

Tressaille, tourne, expire, tombe

Aux pieds du tranquille chasseur; Et nul ange, ici-bas, n'a vengé sa douceur!

Je frissonne. Ma lillel o soudaines alarmes!

Ainsi qui lit trop loin ne voit plus (|ue des larmes :

Dieu ! pardonnez-les-moi ; le temps doit m'en pimir :

Quelle mère en secret ne vit dans l'avenir?

Quelle mère n'a vu la saison des orages

Sur ses enfants chéris balancer leurs nuages?

Les pleurs silencieux attendent les plus doux ;

Ils soufhent sans le dire, ils meurent à genoux.

Mais quoi! les plus hardis seront-ils moins à plaindre?

Que de pièges là-bas, et que d'écueils à craindre !

i)\\c de monde "autour d'eux dans ces lointains sentiers,

Oii leurs pas et leurs vœux se livrent tout entiers !

Cédez, faibles roseaux, ployez sous la tempête;

Aux souffles inclénionts dérobez votre tête !

Cœurs d'anges, dont le ciel a semé les penchants,

C'est donc aussi pour vous que je crains les méchants!

Quoi, l'amour malheureux? quoi, l'amitié trahie?

L'abandon?... Non; je rêve et je suis éblouie :

Non, ce rayon divin ([ni brille eu leurs regards

Ne les appelle pas à de tristes hasards :

Non, Tazin- de tes yeux, ô ma belle Hyacinthe,

Ne se voilera pas sous d'austères douleurs...

Mais dans tes jeunes mains tu m'apportes des fleurs :

Va! l'augure est heureux, tu n'as pas une absinthe !

Il fant paitir. Ce; toit qu'il fut donx d'habitci", Qni nous couvrit Thive)-, il iaut donc le quitter 1 Tonjours quelcpie lien se lompra dans l'absence!

Jf suis comme le lierre arraché malgré lui :

J'aimai si longtemps la présence

De ce que je quitte aujourd'hui !

Quoi! toujours effleurer des rives orageuses? Quoi ! poursuivre sans cesse un iiiyant horizon ? Qui n'a quelque ]'itié des brebis voyageuses Laissant à chaque haie un ])eu de leur toison? Oh ! que de fils brisés dans ma trame affaiblie ! Que d'adieux recelés dans le fond de mon cœur ' Déjà, je sais déjà comment fuit le lionheur;

Je ne sais pas comme on l'oublie !

Mou àme libre encor s'élance en d'autres lieux,

D'oii me sépare une absence éternelle, r,omme l'oiseau blessé qui n'étend plus qu'une aile l*our traverser les ciou\.

Mais en rendant mes jours à ma lùyante étoile.

Soit qu'un dur aquilon fasse Irémir ma voile,

Soit que d'un ciel brûlant me consume l'ardeur.

J'aimerai des vallons la fraîche profondeur.

Ma pensée en soupire, et le saule, et l'yeuse.

Et près du clair ruisseau la paisible fdeuse,

Le bois qui la vit naître et la verra mourir

Me rendront des tableaux qu'il m'est doux de nourrir

Aux coteaux de Lonnont ^ j'avais légué ma cendre : ïiOrmont n'a pas voulu d'un fardeau si léger; Son ombre est dédaigneuse au malheur étranger; Dans la barque incertaine il iaut donc redescendie. Venez, chers alcyons, pressez-vous sur mon cœur;

' Les coteaux de Lormnnl dominent le port de Bordeaux.

i12 POÉSIES

Jetez un tendre atlieii vers la rive sonore :

Je le sens, quelque vœu nous y rappelle encore;

Quelque regard nous suit, plein d'un trouble rêveur.

Adieu... ma voix s'altère et tremble dans mes larmes;

Enfants! jetez vos voix sur Taile des zéphyrs :

Dites fjue j'ai j^leuré, dites que mes soupirs

Retourneront souvent à ces bords pleins de charmes.

Là, de (piistre printemps j'ai respiré les fleurs :

Ainsi partout des biens, ainsi partout des pleurs!

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