‹ Poésies. Nouv. éd. augm. et précédé d'une noticeChapitre 36 sur 108 · LE PRÉSAGE · texte numérisé non relu

LE PRÉSAGE

Oui, je vais le revoir, je le seus, j'en suis sûre! Mon front brûle et rougit; un charme est dans mes plem Je veux parler, j'écoute et j'attends... doux augure ! L'air est chargé d'espoir... il revient... je le jure, Car le frisson qu'il donne a fait liiir mes couleurs. Un songe en s'envolant l'a prédit. L'heure même

A pris uiiu auLic voix [tour nriuinouccr le jour; Kt ce ramier dans l'air, re présage (|ue j'aime Me lerait-il trembler s'il venait sans l'Amour?

De ce tribut toujours je payai sa présence; L'Amour, dans sa pitié, me prépare au boubeur :

Je n'ai plus froid de sou absence; Tient-il déjà mon cœur enfermé sous son cœur?

Et ce livre (pil parle!... Ab ! ne sais-je [4us lire? Tous les mots couibudus disent ensemble : u 11 vient! » Homme un enfant, je pleure et je me sens sourire : (]'est ainsi qu'on espère, Amour, il m'en souvient ! Mais prends garde à ma vie, un instant fais-moi grâce; La lumière est trop vive en soitant de la mut ;

Laisse-moi rêver sur sa trace;

Arrête le temps et le bruit.

Saule ému, taisez-vous ! misseau, daignez vous taire ! Écoutez, calmez-vous, il ne tardera pas :

J'ai senti palpiter la terre, (lomme au temps où mes pas me porlaieid '>ur ses [las.

Me voici sur la route, et j'ai fui ma fenêtre;

Trop de Heurs rombiagcaient... Quoi! c'est encor l'été?

(juoi ! les cbamps sont en Heurs? Le monde est habité?

Hier^ c'est donc lui seul ([ui uiatKpiait à mon être?

Hier, pas un rayon n'éclaiiait mon ennui :

Dieu!.., l'été, la lumière el le ciel^ c'est donc lui!

Olii, ma vie! oui, tout rit à deux âmes lidèles : Tu viens; l'été j l'amour, le ciel, tout est à moi;

KLEGIES. 127)

Et je sens qu'il iii'éclôl des ailes Pour m'élancer vers loi !

Où suis-je? Le sol fuit sous mes pieds! l'air m'oppresse! Ah ! si j'allais mourir sans l'avoir vu... non, non ! Mais bientôt, affaiblie et pale de tendresse, Que me restera-t-il à lui dire?... Son nom ! Oui, son nom dans ma voix est un secret intime. Vn langage oij toujours mon destin parlera : r/est mon cri de bonheur, c'est la foi (pii m'anime, r.'est ma seule éloquence; il la reconnaîtra !

Mais quoi! ces longs tourments? et puis, ce long silence^ Et cette nuit de l'càme, et ce froid désespoir? Et... l'amour m'éblouit, ma mémoire balance, Je ne peux plus souffrir... oui ! je vais le revoii' '

ELEGIK

Parti ! — Fnl-elle donc poui' moi seule charriiaule, Cette pure ignorance où me tint l'amitié, Qui me cacha longtemps, peut-ètie par pitié. Que j'étais née, hélas! pour mourir son arnanle' N'a-l-il jamais, jamais ressaisi la douceur De ses troubles soumis à ma raison craintive. Où je pleurais pour lui, confidente naïve, Où poiu' lui pardonner je me faisais sa sœur'^

Oiiniul il m'ola ce nom, un drsordre timido Lia ma voix saisie et mes vœux confondus; Je n'osai plus répondre.. , Ah ! pour son cœur avide, Que d'aveux ignorés! (pie de secrets perdus! Si j'avais su parler! si quelque humaiu langage Elit lait passer pour lui mou àme en mes discours, Si son chanuc éloquent m'eût prêté du secours. Il m'aimerait encor ! J'aimai trop. . quel dommage!

Toi qui, sins me comprendre, as passé près de moi, Quoi ! tu cherchais l'amour, et j'étais devant toi !

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