‹ Poésies. Nouv. éd. augm. et précédé d'une noticeChapitre 69 sur 108 · APOLOGUE · texte numérisé non relu

APOLOGUE

Las des fleurs, épuisé de ses longues amours,

Un papillon dans sa vieillesse (Il avait du printemps goûté les plus beaux joins. Voyait d'un œil chagrin la tendre hardiesse

21G l'OESlES.

Des amants nouveau-nés, dont le rapide essor

Elîlcurait les boutons (|u'hunie(tait la rosée.

Soulevant un matin le débile ressort

De son aile à demi brisée :

« Tout a changé, dit-il, tout se lane. Autrefois L'univers n'avait point cet aspect i|ui m'al'ilige;

Oui, la nature se néglige ; Aussi pour la chanter l'oiseau n'a plus de voix. Les papillons passés avaient bien plus de charmes ! Toutes les ileurs tombaient sous nos brûlantes armes ! Touchés par le soleil, nos légers vêtements

Semblaient brodés de diamants !

Je ne vois plus rien sur la terre

Qui ressemble à mon beau matin !

J'ai froid. Tout, jusqu'aux Heurs, prend une teinte ausLcic, Et je n'ai plus de goût aux restée du festin. Ce gazon si charmant, ce duvet des prairies, Où mon vol fatigué descendait vers le soir, Où Chloé, qui n'est plus, vint chanter et s'asseoir, N'offre plus (pi' un vert pâle et des couleurs flétries. L'air me soutient à peine à travers les brouillards Qui voilent le soleil de mes longues journées; Mes heures, sans amour, se changent en années :

Hélas! que je plains les vieillards !

« Je voudrais cependant que mon expérience

Servit à tous ces fds de l'air, Sous des bouquets flétris j'ai puisé ma science; J'ai défini la vie, enfants, c'est un éclaif . Frêles triom}thateurs! vos ailes intrépides S'arrêteront un jour avec étonnement :

Plus de larcins nlois, plus de hiiisois avides; Les roses subiront un aflVeux cbaiiaenient.

« Je croyais comme vous qu'une flamme immortelle Coulait dans les parfums créés pour me nourrir;

Qu'une fleur était toujours belle,

Et que rien ne devait mourir.

Mais le temps m'a parlé; sa sévère éloquence A détendu mon vol et glacé mes penchants; Le coteau me fatigue et je me traîne aux champs; Enfin je vois la mort où votre inconséquence Poursuit la volupté. Je n'ai plus de désir, (^ar on dit <pic l'amour est un bonheur coupable : Hélas ! d'y succomber je ne suis plus capable, l"t je suis tout honteux d'avoir eu du ].)laisir. »

Près du sybarite invalide, \^\\ papillon naissait dans toute sa beauté : Cette plainte l'étonné; il rêve, il est tenté

De rentrer clans sa chrysalide.

« Quoi! dit-il, ce ciel pur, ce soleil généreux,

Qui me transforme et qui me fait éclore. Mon berceau transparent qu'il chaufie et qu'il colore, Tous ces biens me rendront coupable et malheureux? Mais un instinct si doux lu'attire dans la vie ! Un souffle si puissant m'appelle autour des fleurs! Là-bas, ces coteaux verts, ces riantes couleurs. Font naître tant d'espoir, tant d'amour, tant d'envie! Oh ! tais-toi, pauvre sage, ou pauvre ingrat, tais-toi : Tu nous défends les fleurs encor penché sur elles. Dors, si tu n'aimes plus; mais les cieux sont à moi; J'éclos pour m'envoler, et je risque mes ailes! ))

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