‹ Poésies. Nouv. éd. augm. et précédé d'une noticeChapitre 70 sur 108 · LA SOURIS CHEZ UN JUGE · texte numérisé non relu

LA SOURIS CHEZ UN JUGE

Tremblante, i)risc au piégc et respirant à peine, Sortie imprudemment du maternel séjoui', Rêvant sa dernière heure au seul bruit de sa chaîne, Une jeune souris voyait tomber le jour.

Dans le giillage étroit ipii la tient prisonnière, A passé d'un flambeau l'éclatante lumière; Elle tressaille, écoule : un silence de paix Succède au mouvement rpii la glaçait de crainte; Et d'un vieux mur, caché sous des lambris épais, On entend nnumurer cette humble et douce plainte

(( Dans ta belle maison, loi, qui rentres content, Qnand je me sens mourir de la moit qui m'attend, Redoutable ennemi de tout ce qui respire. Oh ! n'étends pas sur moi ton oppressif empire ! Laisse ton cœur s'ouvrir au cri du malheureux : Hélas! est-on moins grand pour être généreux! Laisse-moi boire encor l'air, la donce rosée, Ce bienfait de la nuit, ce céleste présent,

Dont, par un souille humide et bienfaisant.

Chaque matin la terre est arrosée.

Juge, sois juste et rends-moi mes trésors, Un ciel à contempler, ma liberté native : Dieu me fit de la vie un plaisir sans remords. Toi, tu la rends sombre et ea})tive.

(( Je suis une souris née au dernier printemps; L'été commence. Hélas! c'est vivre peu de temps. Viens voir, je porte encor la robe de Tenfance. Le blé nouveau, le riz iViand, les noix, Disait ma mère, allaient avant deux mois Eni'ichir mon adolescence.

Peu m'est assez pourtant; facile à me nourrir, Je ne suis pas gourmande, et tout sert au ménage; Un grain d'orge sulfit aux souris de mon âge, Pour les empêcher de mourir.

« Ne me fais pas mouiir! Suis l'exemple d'un sage.

Les souris sans danger visitaient son séjour;

Car ce sage disait : « De nos âmes un jour

« Le sein des animaux peut-être est le jiassage.

(( Tout est possible à Dieu, l'impossible est son bien;

(^ Si par lui l'homme est tout, par lui l'homme n'est rien.

(( Grâce donc! criait-il aux hommes en colère,

« Muets pour la clémence et sourds à la prière.

(( Grâce! oubliez un peu les mots, glaive, trépas;

(1 Régnez sur le plus faible et ne le tuez pas !

« La colombe au cœur tendre, à la plume argentée,

« Peut-être est une amante aux loi êts arrêtée

« Par le doux souvenir d'un amour malheureux;

« On croit le deviner à son chant doidoureux.

(( Qui sait si la souris n'est pas la jeune fdle

« Frappée, en folâtrant au sein de sa famille,

« Et qui tombe innnoljile en courant dans les fleurs :

u Car, pour un peu de miel, que d'absinthe et de pleurs ! »

u Enfm, si ma part de la vie N'est que le rayon passager

Du jour, (jue mou cacliot me dérobe et meuvie,

Ce don si fugitif, daigne le ménager!

Vivre, c'est vivre enfin, et le néant m'alarme;

Cette crainte au méehunt eoùte an moins une larme.

Jnge de son horreur pour un cœur tout amour,

Et, si loin de la nuit, ne m'éteins pas le jour!

Faut-il le dire tout? Je veux devenir mère.

Laisse-moi donc levoir, dans ma douleur amèie,

[]i\ ami de mon âge, imprudent comme moi,

Qui pour me délivrer s'élancerait vers toi.

S'il avait de mon sort la triste confidence,

Je lui dirais en vain : Sauvez-vous ! il viendrait.

L'amour au désespoir coimaît-il la prudence?

Il rontierait mes fers, o\i bien il me suivrait.

(( J'ai tlit l'amour : tu le coiuiais, peut-être?

ijéni soit Dieu ! car l'amour est humain. Oui, je retrouverai la moitié de mon être,

Et je serai libre demain !

Oui, tu sais que l'amour console la nature. Qu'il jette au prisonnier des rêves gracieux, Qu'il souffle à son oreille un chant délicieux. Et (^ue même au coupable d sauve la torture. El je suis à genoux... et je tremble... et j'attends... Homme, poin- te fléchir (|u'il faul parler longtemps!

(( Un joiu- (que cet aveu m'en obtienne la grâce). J'avais salué l'aube et ton ]»remier repas. Lorsqu'un bruit, plus léger que le bruit de me? pis, M'avertit qu'en secret (pielqu'un cherchait ta trace. Ta voix devint alors plus douce de moitié ; Ct'lle i\u\ répondait me parut suppliante,

Et, si je ne m'abuse, à la tendre pitié Tu donnas plus d une heure, ou l'heure était bien lente ! Le bruit ccsScT, j'entrai. Les débris d'un festin M'invitaient à la table enfin abandonnée;

Et sur ma vie un moment fortunée, J'entendis éclater le rire du destin.

Dans ces lieux trop aimés, qu'à présent je déteste, J'ai vu, j'ai respecté la boucle de cheveux, Tombés d'un front charmant pour enchaîner tes vœux; Ils ne sont pas les tiens, leur couleur me l'atteste.

Ces liens souples et dorés.

Ces doux aveux, ces feuillets roses, Les rubans embaumés dont ces lettres sont closes, N'ont pas séduit mes sens de langueur enivrés. J 'ai respiré de loin la cire parfumée, Oui scella, j'en suis sûre, un secret qui t'est cher : Le hasard me l'apprit sans m'en être inlbrmée; Je courais, j'étais libre... hélas! c'était hier !

« Tu sommeillais peut-être, et, plus vive que sage, Au pied de ces rideaux que je baigne de pleurs, J'aperçus, ne crains pas que je le dise ailleurs. Un soulier trop petit pour être à ton usage : Je m'y blottis joyeuse et je le fis courir. Je tiaînais en riant cette maison mobile, Dont les dehois, ornés par quelque main habile. M'enflaient d'un peu d'orgueil, et l'orgueil fait mourir : Car, depuis ce moment, éveillé par la haine, Tu m'élevas dans l'ombre une affreuse prison. Innocente souris, pour m'écraser sans peine. Un homme est descendu jusqu'à la trahison! Non, ne m'écrase pas! et, si ma peur te touche,

Que l'accent du pardon s'échappe de ta bouche! Il est dieu, leur dmii-je, il m'a donné des jours! Ton toit scia béni, ton nom vivia toujouis, Et toujours de beaux yeux aimeront à le lire. Et si jamais ton cœur, brûlé d'un saint délire,

A langui pour la liberté, Qu'elle se donne à toi dans toute sa beauté !

Que sur ta sereine carrière Elle épanche à flots puis sa tranquille lumière; Qu'elle ti'ace à ta vie un facile sentier, Et te sème de fleurs un siècle tout entier! »

Elle se tut. Le juge alors : « Eh! vite! Elle est au piège, hàtez-vous d'accouiii.: Etoulïez-la, cette pauvre petite; Je n'aime pas à voir souffrir, n

PLEIRS

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