LE PRINTEMPS
Le printemps est si beau ! sa chaleur embaumée Descend au fond des cœurs réveillés et surpris. Une voix qui dormait, une ombre accoutumée. Redemande l'amour à nos sens attendris.
La raison vainement à ce danger s'oppose; L'image inattendue enivre la raison.
Tel un insecte ailé s'élance sur la rose
Et la brille d'un doux poison.
Des jeunes souvenirs la foule caressante Accourt, brave la crainte, et Pcspace et le temps; Qui n'a cru respirer, dans la ileur renaissante, Les parfums regrettés de ses premiers printemps?
Et moi, dans un accent qui trouble et qui captive. Naguère un charme triste est venu m'attendrir : L'écouterai-je encor, curieuse et craintive,
' On aura la pièce entière dans le courant du volume
Ce doux accent qui fait mourir?
Ce nom... j'allais le dire; il m'est doue cher encore? Ma frayeur n'a donc plus de force contre lui? Toi, qui ne m'entends pas, d'où vient que je t'implore?
N'es-tu pas loin? n'ai-je pas fui?
Reverrc'.i-je tes yeux , dont l'ardente prière
Obtiendrait tout des cieu\?
Oui, pour ne plus les voir, j'abaisse ma paupière; Je m'enfuis dans mon âme, et j'ai revu tes yeux !
Et maintenant que, plus avant dans la vie, après avoir laissé à chaque pas de cette rude montagne que nous gravissons une espérance, une illusion, un bonheur; maintenant qu'arrivé haletant et fatigué au sommet de la jeunesse, je détourne les yeux des débris qui jonchent ma route pour étendre ma vue vers le coté grave de l'existence; maintenant qu'il me faut dire adieu aux folles joies et aux jeunes amours, aux longues rêveries, avant que je m'engage dans le sentier aride, ô ma harpe éolienne! un dernier son; ô ma voix inconnue ! un dernier chant, un son mélancolique, un chant de souvenir. J'écoute.
Ondine! enfant joyeux qui bondis sur la terre, Mobile comme l'eau qui t'a domré son nom, Es- tu d'un séraphin le miroir solitaire? Sous ta grâce mortelle orne-t-il ma maison?
Quand je t'y vois glisser, dansante et gracieuse,
Je sens flotter mon âme errante autour de toi ;
Je me regarde vivre, ombre silencieuse;
Mes jours purs, sous tes traits, repassent devant moi.
Car, toujours ramenés vers nos jeunes annales,
Nous retrempons nos yeux dans leurs fraîches couleurs.
Midi n'a plus le goût des heures matinales
Oi^i l'on a respiré tant de sauvages fleurs;
Le champ, le plus beau champ ipic renlcrmùl la Icrrc, Fuient les blés bordant la maison de mou père, Où je dansais, \olago, en ])oursuivanl du cœur Un rêve qui criait: Bonlieuiî bonheur! bonheur!
0 ma voix amie! merci; car votre dernier chanl est le plus doux de vos chants.
.\. Dc.MAS,