‹ Poésies. Nouv. éd. augm. et précédé d'une noticeChapitre 73 sur 108 · RÉVÉLATION · texte numérisé non relu

RÉVÉLATION

Vois -tu, d'un cœur de femme il faut avoir pitié,

Quelque chose d'eufant s'y mêle à tous les âges;

Quand elles diraient non, je dis oui. Les plus sages

i\e peuvent sans transport se prendre d'amitié :

Juge d'amour! Ce mot nous rappelle nos mères,

Le berceau balancé dans leurs douces prières,

L'ange gardien qui veille et plane autour de nous,

Qu'une petite illle écoute à deux genoux;

Dieu, qui parle et se plaît dans une ame ingénue,

Que l'on a vu jtasscr avec l'errante nue,

Dont on buvait l'haleine au fond des jeunes fleurs,

Qu'on regardait dans l'ombre et qui séchait nos pleurs;

Et le pardon qui vint, un jour de pénitence.

Dans un baiser furtif redoicr l'existence!

Ce suave lointain reparaît dans l'amour; Il redonne à nos yeux rétoiuicment du jour; Sous ses deux ailes d'or qu'il abat sur notre âme, Des prismes mal éteints il rallume la flamme; Tout s'illumine encor de lumière et d'encens, Et le rire d'alors roule avec nos accents!

Des pompes de Noël la native harmonie

Verse encor sur l'hiver sa grâce indélinie;

La cloche bondissante, avec sa grande voix.

Fait vibrer dans les airs : JSoël! connue autreibis;

Et ce ciel cpii s'emplit d'accords et de louimges.

C'est le Sahitaris et le souffle des anges!

Et puis, comme une lampe aux rayons blancs et doux,

La lune, d'un feu pur inondant sa cnrrière,

Semble ouvrir sur le monde une immense paupière,

Pour chercher son Dieu jeune, égaré parmi nous.

« Oh! qu'elle soit heureuse entre toutes les femmes! » Dit ime femme heureuse et choisie à son tour; « Oh ! qu'elle règne aux cieux; j'ai mon ciel, j'ai l'amour Par lui, l'éternité sauve toutes nos âmes! »

La pitié fend la nue, et liiit pleuvoir ses dons

Sur l'indigent qui court vers le divin baptême.

Regarde ! son flambeau repousse Pana thème.

Et son manteau qui s'ouvre est chargé de pardons.

Noël ! Noël ! L'eniant lève sa tête blonde,

Car il sait qu'à minuit les anges font la londe.

Quel bonheur de t' attendre à travers ce bonheui",

Dis : d'attirer ta vie à mon foyer rêveur!

Répands-y de tes yeux la lumière chérie;

Viens! J'ai besoin d'entendre et de baiser ta voix.

C'est avec ta voix que je prie,

C'est avec tes yeux que je vois!

Quand l'orgue exhale aux cieux les soupirs de l'église, Ce qui se passe en moi, viens ! que je te le dise; Viens! Et saint à loi, culte enfant, pur trésor! Par toi, la neige brûle el la nuit étincelle; Par toi, la vie est riche; elle a chaud sous ton aile; Le reste est pour le pauvre, et ce n'est qu'nn peu d'or ! Donnons! qu'il est facile et doux d'être prodigue, Quand on vit d'avenir, de prière, d'espoir.

Quand le monde fait peur, quand la foule fatigue, Quand le cœin- n'a qu'un cri : — Te voir, te voir, te voir 1

¥A, quand le silence Adore à son tour, La foi, qui s'élance.

Aux cieux se balance.

Et pleure d'amour !

Vivre! toujours vivre.

D'un feu sans remords ; iNous sauver et suivre Un Dieu qui se livre Pour tuer la mort :

Aimer ce que j'aime,

Une éternité,

Et dans ton baptême,

M 'abreuver moi-même

D'immortalité : -

Quelle immense voie !

Que d'ans ! que de jours!

Viens, que je te voie ; Je tremble de joie :

Tu vivi^as toujours !

L'été, le monde ému frémit comme une fête;

La terre en fleurs palpite et parfume sa tête ;

Les cailloux plus cléments, loin d'offenser nos pas,

Nous font un doux chemin. On vole, on dit tout bas :

« Voyez! tout mobéit, tout m'appartient, tout m'aime!

Oiie j'ai bien l'ait de naître! et Dieu, car c'est Dieu même,

Est-il assez clément de protéger mes jours,

Sous une image ardente à me suivre toujours! »

Que de portraits de toi j'ai vus dans les miages! Que j'ai dans tes bouquets respiré de présages? Que de Ibis j'ai senti, par un nœud doux et fort, Ton ame s'enlacer à l'entour de mon sort! Quand tu me couronnais d'une seconde vie, Que de fois sur ton sein je m'en allais ravie, Et reportée aux champs que mon père habitait, Quand j'étais blonde et bêle, et que l'on me portait ! Que de lois dans tes yeux j'ai reconnu ma mère ! Oui! toute femme aimée a sa jeurie chimère, Sois-en sûr; elle prie, elle chante : et c'est toi Qui gardais ces tableaux longtemps voilés pour moi. Oui ! si quelque musi(|ue en mon àme cachée Frappe sur mon sonnneil et m'inspire d'amour, C'est pour ta douce image à ma vie attachée, Ciu'essante chalenr sur mon sort épanchée, Comme sur un mur sombre un sourire du jour !

Mais, par un mot changé troubles-tu ma tendresse. Oh! de quel paradis tu fais tomber mon cœur! Dlnie larme versée au fond de mon ivresse, Si tu savais le poids, ému de ta rigueur, Penché svu' mon regaid cpi tremble et (pii t'adore, Comme on baise les i)leurs dont l'enfant nous implore, A ton plus faible enfant tu viendrais, et tout bas : a J'ai voulu t'éprouver, grâce! ne pleure pas I »

Parle-moi doucement, sans voix; parle à mon àme; lie souille appelle un souffle, et la flamme une flamme. Entre deux cœurs charmes il faut peu de discours, Comme à deux filets deau peu de bruit dans leur cours. Ils vont, aux vents d'été parfument leur voyage; Altérés l'un de l'autre et contents de frémir, * Ce n'est que de bonheur qu'on les entend gémir. Qnand l'hiver les cimente et fixe leur image, Ils dorment suspendus sous le même pouvoir, Et si bien emmêlés, qu'ils ne font qu'un miroir.

On a si peu de temps à s'aimer sur la terre ! Oh ! qu'il faut se hâter de dépenser son cœur ! Grondé parle remords, prends garde! il est grondenr, L'un des deux, mon amour, pleurera solitaire. Parle-moi doucement, afln que dans la mort ïu scelles nos adieux d'un baiser sans remords. Et qu'en entrant aux cieux, toi calme, moi légère, Nous soyons reconnus pour amants de la terre; Que si l'ombre d'un mot t'accusait devant moi, A Dieu, sans le tromper, je réponde pour toi : « II m'a beaucoup aimée ! il a bu de mes larmes; Son àme a regardé dans toutes mes douleurs; Il a dit qu'avec moi l'exil aurait des charmes, La prison du soleil, la vieillesse des fleurs! »

Ei Dieu nous unira d'él rnité; prends garde : Fais-moi belle de joie ! et qutnid je te regarde, Piegarde-moi. Jamais ne rencontre ma main. Sans la presser : cruel! on peut mourir demain, Songe donc ! Crains surtout qu'en moi-même enfermée, Ne me souvenant plus que je fus trop aimée,

23i POESIES

Je ne diso, pauvre âme, oiil)Uense des cicux, Pleurant sous mes deux mains et me cacliant les yeux (( Dans tous mes souvenirs je sens couler des larmes. Tout ce qui fit ma joie enfermait mes douleuis : Mes jeunes amitiés sont empreintes des charmes Et des parl'iîms mourants qui survivent aux Heurs. »

Je dis cela, jalonse; et je sens ma pensée Sortir en cris plaintifs de mon âme oppressée. Quand tu ne réponds pas, j'ai honte à tant d'amour, Je gronde mes sanglots, je m'évite à mon tour; Je m'en retourne à Dieu, je lui demande un père, Je lui montre mon cœur gonflé de ta colèie, Je lui dis, ce qu'il sait, que je suis son enfant, Que je veux espéjer, et qu'on me le défend!

Ne me le défend plus ! laisse biûler ma vie. Si tu sais le doux mal où je suis asservie, Oh ! ne me dis jamais qu'il faudra se guérir; Qu'aimer use le cœur et (pie tout doit mourir. Car tu me vois dans Fâme : apinoche, tu })eux lire; Voilà notre secret : est-ce mal de le dire? Non! lien ne meurt. Pieux d'amour ou d'amitié, Vois-tu, d'un cœur de femme il faut avoir pitié!

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