‹ Poésies. Nouv. éd. augm. et précédé d'une noticeChapitre 74 sur 108 · LA VIE ET LA MORT DU RAMIER · texte numérisé non relu

LA VIE ET LA MORT DU RAMIER

Hélas ! nous n'avons pas juré de vivre ensemble, Mais nous avons promis de nous aimer toujours! Jules de Pœsségiier.

De la colombe au bois c'est le ramier fidèle; S'il vole sans repos, c'est qu'il vole auprès d'elle; Il ne peut s'appuyer qu'au nid de ses amours, Car des ailes de feu l'y réchauffent toujours !

Laissez battre et brûler deux cœurs si bien ensemble; Leur vie est un fil d'or qu'un nœud secret assemble. Il traverse le monde et ce qu'il fait souffrir : Ne le déliez pas ! vous les feriez mourir.

Ils ne veulent à deux, qu'un peu d'air, un peu d'ombre, Une place au ruisseau qui rafraîchit le cœur; Seuls, entre ciel et terre, un nid suave et sombre. Pour s'entr'aider à vivre, ou cacher leur bonheur!

Quand vous ne verrez plus passer par ce rivage Cette blanche moitié de la colombe aux bois, N'allez pas croire au moins que l'un d'eux soit volage; Bien qu'ils aiment toujours, ils n'aiment qu'une fois!

Laissez-vous entraîner sur leurs traces perdues,

Vers le nid, doux sépulcre alors silencieux.

Et vous y trouverez quatre ailes détendues

Sur deux cœurs mal éteints rallumés dans les cieux !

L'ATTEME

Quand je ne te vois |)as, le leni[)s m'acciiljle, et l'heure A je ne sais quel [»oids impossible à porter. Je sens languir mon cœur, (pii elierclie à me quitter, Et ma tète se penche, et je soulïi e et je pleure.

Quand ta voix saisissante atteint mon souvenii', Je tressadle, j'écoute... et j'espère immobile; Et l'on dirait que Dieu touche un roseau débile; Et moi, tout moi répond : Dieu ! faites-le venir î

Quand sur tes tiaits charmants j'arrête ma })ensée, Tous mes traits sont empreints de crainte et de bonheur; J'ai fioid dans mes cheveux; ma vie est oppressée. Et ton nom, tout à coiq), s'échappe de mon cœur.

Quand c'est toi-même, enfin! quand j'ai cessé d'attendre,

Tremblante, je me sauve en te tendant les bras :

Je n'ose te parler, et j'ai peur de t'entendre;

Mais tu cherclies mon âme, et toi seul l'obtiendras I

Suis-je une sœui- lardive à tes vœux accordée? Es-tu l'ombre promise à mes timides pas? Mais je me sens liéniii' : moi, ta sœui! quelle idée! Toi, mon livre!... o terreur! Dis (pie tu ne l'es pas!

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