‹ Poésies. Nouv. éd. augm. et précédé d'une noticeChapitre 86 sur 108 · LK MAL DU PAYS · texte numérisé non relu

LK MAL DU PAYS

Ce front facile à se ridei-, ces joues légèrement creusées, gardaient l'empreinte du sceau dont le malheur marque ses sujets, comme pour leur laisser la consolalion de se reconnaître d'un regard fraterneli et de s'unir i)Our lui résister.

Honoré de Balzac.

Clémentine adorée, âme céleste et pure, Qui parmi les rigueurs d'une injuste maison Ne perds point l'innocence en perdant la raison. André Chémer.

Je veux aller mourir aux lieux où je suis née : Le tombeau d'Albertine est près de mon berceau. Je veux aller trouver son ombre abandonnée; Je veux un même lit près du même ruisseau.

Je veux dormir. J'ai soif de sommeil, d'innocence, D'amour, d'un long silence écouté sans effioi, De l'air pur qui soufflait au jour de ma uaissance, Doux pour l'enfant du pauvre et pour l'enfaut du roi.

J'ai soif d'un frais oubli, d'une voix qui pardonne. Qu'on me rende Albertine ! elle avait cette voix Qu'un souveuir du ciel à quelques femmes donne; Elle a béni mon nom... autre paît... autrefois!

Autrefois !... qu'il est loin, le jour de son baptême ! Nous entrâmes au monde un jour qu'il était beau : Le sel qui l 'ondoya fut dissous sur moi-même, Et le prêtre pour nous n'alluma qu'un flambeau.

D'où vient-on quand on frappe aux portos de la terre? Sans clarté dans la vie, oii s'adressent nos pas, Inconnus aux mortels qui nous tendent leurs bras. Pleurants, comme effrayés d'un soi t involontaire?

Où va-t-on quand, hissé d'un cbemin sans bonbeur. On tourne vers le ciel un regard cbargé d'ombre, Quand on ferme sur nous l'autre porte, si sombre, Et qu'un ami n'a plus que nos traits dans son cœur?

Ah! quand je descendrai rapide, palpitante, L'invisible sentier qu'on ne remonte pas, Reconnaîtrai-je enfin la seule âme constante Qui m'aimait imparfaite, et me gi'ondait si bas!

Te verrai-je, Albertine, ombre jeune et craintive? Jeune, tu t'envolas peureuse des autans :

^.C.l POÉSIE?.

liôiinuanî y.ouv mmirir i;i robe do priiilcnips,

Tu (lis : (( Semez ces lleiiis sur inii cendre cajitive. »

Oui! je reconnaîtrai les traits pfdes, charmants! Miroir de la ]tiLié qui uiarcliait sur les Iraces, <)iii pleurait dans ta voix, angélisait tes grâces, Et qui s'enveloppait dans tes doux vêtements!

Oui, tu ne m'es qu'absente, et ia mort n'est qu'un voile, Albertine! et tu sais l'autre vie avant moi. \]i\ soir, j'ai vu ton âme aux feux blancs d'une étoile; Elle a baisé mon front, et j'ai dit : C'est donc toi!

Viens encor, viens! j'ai tant de choses à te dire! Ce qu'on t'a fait souffrir, je le sais! j'ai souffert. U ma plus que sœur ! viens : ce que je n'ose écrire, Viens le voir palpiter dans mon cœur entr'ouvert!

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