‹ Poésies. Nouv. éd. augm. et précédé d'une noticeChapitre 9 sur 108 · LA NUIT · texte numérisé non relu

LA NUIT

Viens I le jour va s'éteindre... il s'efface, et je plei N'as-tu pas entendu ma voix? Kcoute l'heure ; C'est ma voix qui te nomme et t'accuse tout bas ; C'est l'amour qui t'appelle, et tu ne rentends p;is ! Mon courage se meuit. Tout à ta chère idée, U'eUe, de toi, toujours tendrement obsédée. Pour ton ombre j'ai pris l'ombre d'un voyagf^ur, Et c'était un vieillard riant de ma rougeur.

Eh quoi ! le jour s'éteint? N'est-ce pas un nuage, l'n vain semblant du soir, un l'ugitil' orage ? Que je voudrais le croire ! Hélus ! un si beau jour Ne devait pas mourir sans consoler l'amour. Viens ! ce voile jaloux ne doit ])as te surprendre. Dans les cieux à son gré laisse-le se répandre ; Ne va pas, comme moi, le prendre pour la nuit ! Quand sou obscurité m'inipoitune et me nuit. Si le soleil, plus pur, allait paraître encore ! Si j'allais, avec lui, revoir ce que j'ndore !

ne.

Si je pouvais du moins, on Ini livrant ces fleurs,

Me cacher (l;ins son sein, et rougir de nies pleurs !

Il me dirait : a Je viens, j'aerours, ma bien-aimée !

Ce nuage qui fuit t'aurait-il alarmée?

La nuit est loin, regarde ! » Et je verrais ses veux

Rendre la vie aux miens, et la lumière aux cieux.

Non ! le jour est fini. Ce calme inaltérable, L'oiseau silencieux fatigué de bonheur, Le chant vague et lointain du jeune moissonneui, Tout m'invite au repos... tout m'insulte et m'accable.

Mais adieu tout ; adieu, toi ipii ne m'entends pas,

Toi qui m'as retenu la moitié de mon être,

Qui n'as pu m'oublier, qui vas venir, peut-ètie,

Tu trouveras au moins la trace de mes pas,

.Si tu viens ! Adieu, bois où l'ombre est huilante;

Nuit plus brûlante encor, nuit sans pavois pour moi,

Tu règnes donc enfin î Oui, c'est toi, c'est bien toi !

Quand me rendias-tu l'aube? Oh! (pie la nuit est lente !

Hélas! si du soleil tu balances le cours.

Tu vas donc ressembler au plus long de mes jours.

L'alouette est rentrée aux sillons; la cigale

A ]>eine dans les airs jette sa note égale;

Un souffle éveillerait les échos du vallon,

Et les échos muets ne diront pas mon nom.

Et vous, dont la fatigue a suspendu la couis%

Vieillard ! ne riez plus si mes tristes accents...

Non ! déjà le sommeil appesantit ses sens ;

Il rêve sa jennesse au doux biiiit de la source.

Oh ! ({ue je poi te envie; à ses songes confus !

Que je le trouve heureux! il dort, il n'attend plus.

L'ABSENCK

L'avez-Yous rencontré? guidez-moi, je vous prie. Il est jeime, il est triste, il est beau comme vous, Bel enfiuit ; et sa voix, par ua charme attendi ie, De la voix qui l'accueille est l'écho le plus doux. Oh ! lappelez-vous bien ! sa démarche pensive Fait qu'un le suit longtemps et du cœur et des yeux. Il vous ;dua souri. De l'enfance uaïve, Naïf encore, il aime à contempler les jeux.

Kcoute ! ses regards distraits, chargés d'alarmes,

El fleuraient tes doux jeux, peut-être sans les voir.

Plains-moi, car c'est pour moi qu'il dévorait ces larmes,

Et de m'en consoler il a seul le pouvoir.

Guide-moi, réponds-moi !... Mais hi ne peux m'entendie

Tu demandes son nom.

Ah! s'il t'avait parlé, m'am'ais-tu fait attendre? li'aurais-tu mîconnu dans ma prière? Oii ! non. Va jouer, bel enfant, va rire avec la vie. Car ton âge est sa fête, et déjà je l'envie. Va ! mais, si ton bonheur te l'amène aujourd'hui, Souviens-toi que je pleure, et ne le dis qu'à lui. Comme la route au loin se piolonge isolée ! Eh ! pour qui ces jardins, ce soleil, ces ruisseaux ? Je suis seule, et là-bas, sous de noirs aibrisseaux, La moitié de mon àme est errante et voilée. Mes suppliantes mains voudraient la retenir ; J'ai cm respirer l'air qui va nous réunir!

22 rOÉSIES.

L'avez-voiis rciicoiitiv, nym])lio à la voix plaiiitivo?

F/avcz-voiis a|»jn'lé? s'esl.-il |)enrlu' vois vous ?

Si sou ombre a |)assé (l;nis votro eau fngilive,

Nymphe, rendez-la-moi, je raltriids à ycMioiix.

Mais jns(|irà l'oublier si vous êtes légère,

Mais si' vous u'emporlez que vous dans l'avenir,

Si l'image qui fuit vous devient étrangère,

De quoi vous plaii^ncz-vous, uymplie sans souvenir?

Quelle est cette autre enfant dans les saules courbée? Do paisibles rameaux enveloppent son sort ; Comme une jeune fleur dans la mousse cacbéo,

A l'abri des vents, elle dort.

L'orage aux traits biùlants ne l'a pas elïeuillée ; Loin du monde et du jour lentement éveillée, Vn jeune songe à peine ose effleurer ses sens ; Elle rit... Qu'oflVe-t-il à ses vœux caressants ? L'avez-vous rencontré, dites, belle ingénue? Sa voix, qui fait rêvei', vous est- elle coinuie ? Au fond d'un doux sommeil écoutez-vous ses pas ? Non ! si vous l'aviez vu, vous ue dormiriez pas ! Dormez. Je vous rendrais et pensive et peureuse ; Vous diriez : Dès qu'on aime on n'est donc plus heureuse? •le ne sais. Pour la paix de vos nuits, d(! vos jours, lgnorez-l(^ toujours.

Mais de nouveaux sentiers s'ouvrent à ma tristesse ; Je voudrais tous les suivre, et je n'ose choisir ; L'espoir les choisit tous. Oh ! qu'il a de vitesse ! Il m'appelle partout... Oii vais-je le saisir? Au pied de la chapelle où serpente le lierre, Courbé par la piière.

Ùii vieill;ird iiulii;eut porte aussi ses tloiilours : Allons ! <es yeux éteints ne verront pas mes pleurs. Comme il prie ! On dirait qu'une lumière heureuse Pour éclairer son front vient d'enlr'ouvrir les cieux. On dirait que le jour est rentré dans ses yeux, Ou qu'il bénit tout bas une main généreuse. Dieul l'a-t-d rencontié? Si calme, si content, Presse-t-il un bienfait sur son cœur palpitant? ■'. Est-ce lui qu'il bénit? et la voix que j'adoie Dans ce cœur désolé résonne-t-elle encore? Écoutez-moi, mon pèie, au nom de ce bienfait ; Celui qui vous l'olïrit, à vous m'a demandée Peut-être?. .. Oh ! que ma main, par la sienne guidée, Joigne son humble offrande au don qu'il vous a lait. Mais, en vous consolant, soupirait-il, mon père? Déchiré du tourment dont il me désespère, Injuste, mais fidèle, en soupçonnant ma loi. Vous a-t-il dit : Priez et pour elle et pour moi ? Oui, je sais qu'il est triste et qu'un accent plus tendre Au malheureux jamais n'a su se faire entendre. Oui, je vais retrouver mou bonheur, qu'd troubla, Car mon bonheur, c'est lui, mou père, et le voilà !

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