‹ Poésies. Nouv. éd. augm. et précédé d'une noticeChapitre 10 sur 108 · LE RETOIK AUX CHAMPS · texte numérisé non relu

LE RETOIK AUX CHAMPS

Oiie ce lieu me semble attristé!

Tout a chaiieé dans la natiu'e :

:>i POESIES.

i.c prinlcmps n'a pins île verdiut; ; Le bocage est désenchanté !

Autre'ois rondt' fugitive Arrosait en courant les cailloux et les lleuis : Je ne vois qu'un roseau languissant sur la rive,

Et mes yeux se couvrent de jileurs,

Hélas ! on a changé ta coinse, liuisseau, de l'incoiistance on te fiiit une loi. Et je n'espère plus retrouver à ta source

Les serments emportés par toi.

Ah! si pour rafraîchir une âme désolée

Il suffit d'un doux souvenir, lUiisseau, pour r.inimer l'herbe de la vallée,

Parfois n'y peux-tu revenir?

J'entends du vieux berger la })laintive musette;

Mais qu'est devenu le tiou[)eau ?

Sous l'enqjire de sa houlette, 11 n'a plus même un innocent agneau.

Tout en levant, il gravit la montagne ; Il traîne avec eflbrt son âge et son ennui. Les moutons ont (juilté la stérile campagne ;

Le chien est resté près de lui.

Mais que sa peine est facile et légère ! Du bonheur qui n'est pins il n'a point à rougir ; Sans trouble, sur un ht de mousse ou de fougère.

Quand la nuit vient, il peut dormir.

Que de riches pasteurs lui porteraient envie ! Combien voudraient donner les plus nombieux troupeaux,

La houlette, la bergerie,

Tour une nuit d'un doux repos, Et moi, d'amis aussi je fus environnée;

IDYLLES. 2j

Mon avenir alors était brillant et sùi' : Vieux berger, comme toi je suis abandonnée ; Le songe est dissipé; mais le léveil est purî

Me voici devant la chapelle Où mon cœur sans détour jura ses premiers vœux.

Déjà mon cœur n'est plus heureux, Mais à ses vœux trahis il est encor fidèle.

J'y vins offrir, l'autre printemps.

Une fraîche couronne, aujourd'hui desséchée. Cette chapelle, hélas! dans les ronces cachée, X'est-elle plus l'amour des simples habitants?

Seule, j'y ferai ma prière :

Mon sort, je le sais trop, me défend d'espérer; Eh bien, st\ns espérance, à genoux sur la pierre, J'aurai du moins la douceur de pleurer.

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