‹ Poésies nouvelles, 1836-1852Chapitre 13 sur 88 · LA NUIT D'AOUT · texte numérisé non relu

LA NUIT D'AOUT

La plus jeune était la plus belle :

L'homme est ainsi, toujours nouveau.

Hélas 1 toujours un homme, hélas I toujours des larmes I Toujours les pieds poudreux et la sueur au front! Toujours d'affreux combats et de sanglantes armes; Le cœur a beau mentir, la blessure est au fond. Hélas! par tous pays, toujours la même vie : Convoiter, regretter, prendre et tendre la main ; Toujours mêmes acteurs et même comédie.

Et, quoi qu'ait inventé l'humaine hypocrisie, Rien de vrai là-dessous que le squelette humain. Hélas! mon bien-aimé, vous n'êtes plus poète. Rien ne réveille plus votre lyre muette; Vous vous noyez le cœur dans un rêve inconstant ; Et vous ne savez pas que l'amour de la femme Change et dissipe en pleurs les trésors de votre âme. Et que Dieu compte plus les larmes que le sang.

LE POÈTE

Quand j'ai traversé la vallée.

Un oiseau chantait sur son nid.

Ses petits, sa chère couvée.

Venaient de mourir dans la nuit.

Cependant il chantait l'aurore ; O ma Muse! ne pleurez pas :

A qui perd tout. Dieu reste encoz-o, Dieu là-haut, l'espoir ici-bas.

LA MUSE

Et que trouveras-tu, le jour où la misère

Te ramènera seul au paternel foyer?

Quand tes tremblantes mains essuieront la poussière

De ce pauvre réduit que tu crois oublier,

De quel front viendras-tu, dans ta propre demeure.

Chercher un peu de calme et d'hospitalité?

Une A^oix sera là pour crier à toute heure :

Qu'as-tu fait de ta vie et de ta liberté?

Crois-tu donc qu'on oublie autant qu'on le souhaite t

Crois-tu qu'en te cherchant tu te retrouveras .'

De ton cœur ou de toi lequel est le poète.-'

C'est ton cœur, et ton cœur ne te répondra pas.

L'amour l'aura brisé ; les passions funestes

L'auront rendu de pierre au contact des méchants;

Tu n'en sentiras plus que d'effroyables restes,

Qui remueront encor, comme ceux des serpents.

O ciel! qui t'aidera? que ferai-je moi-même,

(^uand celui qui peut tout défendra que je t'aime.

Et quand mes ailes d'or, frémissant malgré moi.

M'emporteront à lui pour me sauver de toir

Pauvre enfant! nos amours n'étaient pas menacées.

Quand dans les bois d'Auteuil, perdu dans tes pensées,

Sous les verts marronniers et les peupliers blancs,

Je t'agaçais le soir en détours nonchalants.

Ah ! j'étais jeune alors et nymphe, et les dryades

Entr'ouvraient pour me voir l'écorce des bouleaux.

Et les pleurs qui coulaient durant nos promenades

Tombaient, purs comme l'or, dans le cristal des eaux.

Qu'as-tu fait, mon amant, des jours de ta jeunesse?

Qui m'a cueilli mon fruit sur mon arbre enchanté.-'

Hélas! ta joue en fleur plaisait à la déesse

Qui porte dans ses mains la force et la santé.

LA XriT DAOl T. 93

De tes yeux insensés les larmes Font pâlie; Ainsi que ta beauté, tu perdras ta vertu. Et moi qui t'aimerai comme une unique amie, Quand les dieux irrités m'ôteront ton génie, Si je tombe des cieux, que me répondras-tu?

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