I.K POÈTE
Puisque l'oiseau des bois voltige et chante encore Sur la branche où ses œufs sont brisés dans le nid; Puisque la fleur des champs entr'ouverte à l'aurore, Vovant sur la pelouse une autre fleur éclore, S'incline sans murmure et tombe avec la nuit;
Puisqu'au fond des forêts, sous les toits de verdure. On entend le bois mort craquer dans le sentier, Et puisqu'en traversant l'immortelle nature. L'homme n'a su trouver de science qui dure. Que de marcher toujours et toujours oublier;
Puisque, jusqu'aux rochers, tout se change en poussière ; Puisque tout meurt ce soir pour revivre demain; Puisque c'est un engrais que le meurtre et la guerre; Puisque sur une tombe on voit sortir de terre Le brin d'herbe sacré qui nous donne le pain;
O Muse! que m'importe ou la mort ou la vie? J'aime, et je veux pâlir; j'aime et je veux souffrir; J'aime, et pour un baiser je donne mon génie; J'aime, et je veux sentir sur ma joue amaigrie Ruisseler une source impossible à tarir.
J'aime, et je veux chanter la joie et la paresse, Ma folle expérience et mes soucis d'un jour, Et je veux raconter et répéter sans cesse Qu'après avoir juré de vivre sans maîtresse, J'ai fait serment de vivre et de mourir d'amour.
Dépouille devant tous l'orgueil qui te dévore, Cœur gonflé d'amertume et qui t'es cru fermé. Aime, et tu renaîtras; fais-toi fleur pour éclore. Après avoir souffert, il faut souffrir encore: 1! faut ainier sans cesse, après avoir aimé.
Août iS3f..
 LA MALIBRÂN
Sans doute il est trop tard pour parler encor d'elle: Depuis qu'elle n'est plus quinze jours sont passés, Kt dans ce pays-ci quinze jours, je le sais, Font d'une mort récente une vieille nouvelle. De quelque nom d'ailleurs que le regret s'appelle, L'homme, par tout pays, en a bien vite assez.
O Maria-Félicia! le peintre et le poète Laissent, en expirant, d'immortels héritiers; Jamais l'atïreuse nuit ne les prend tout entiers. A défaut d'action, leur grande âme inquiète De la mort et du temps entreprend la conquête, Kt, frappés dans la lutte, ils tombent en guerriers.