‹ Poésies nouvelles, 1836-1852Chapitre 27 sur 88 · LA NUIT D'OCTOBRE · texte numérisé non relu

LA NUIT D'OCTOBRE

Et, lorsqu'eii t'endormant tu lui serres la main,

Le lointain souvenir des maux de ta jeunesse

Ne rend-il pas plus doux son sourire divin?

N'allez-vous pas aussi vous promener ensemble

Au fond des bois fleuris, sur le sable argentin :

Et, dans ce vert palais, le blanc spectre du tremble

Ne sait-il plus, le soir, vous montrer le chemin?

Ne vois-tu pas alors, aux rayons de la lune.

Plier comme autrefois un beau corps dans tes bras .'

Et, si dans le sentier tu trouvais la Fortune,

Derrière elle, en chantant, ne marcherais-tu pas :

De quoi te plains-tu donc? L'immortelle espérance

S'est retrempée en toi sous la main du malheur.

Pourquoi veux-tu haïr ta jeune expérience.

Et détester un mal qui t'a rendu meilleur?

O mon enfant ! plains-la, cette belle intidèle,

Qui lit couler jadis les larmes de tes yeux;

Plains-la ! c'est une femme, et Dieu t'a fait, près d'elle.

Deviner, en souffrant, le secret des heureux.

Sa tâche fut pénible; elle t'aimait peut-être;

Mais le destin voulait qu'elle brisât ton cœur.

Elle savait la vie, et te l'a fait connaître:

Une autre a recueilli le fruit de ta douleur.

Plains-la ! son triste amour a passé comme un songe ;

Elle a vu ta blessure et n'a pu la fermer.

Dans ses larmes, crois-moi, tout n'était pas mensonge.

Quand tout l'aurait été, plains-la ! tu sais aimer.

LE POÈTE

Tu dis vrai : la haine est impie.

Et c'est un frisson plein d'horreur

Quand cette vipère assoupie

Se déroule dans notre cœur.

Ecoute-moi donc, ô déesse!

Et sois témoin de mon serment :

Par les yeux bleus de ma maîtresse,

Et par l'azur du firmament ;

Par cette étincelle brillante

Qui de Vénus porte le nom.

Et,, comme une perle tremblante,

Scintille au loin sur l'horizon;

Par la grandeur de la nature,

Par la bonté du Créateur,

Par la clarté tranquille et pure

De l'astre cher au voyageur,

Par les herbes de la prairie.

Par les forêts, par les prés verts.

Par la puissance de la vie.

Par la sève de l'univers.

Je te bannis de ma mémoire.

Reste d'un amour insensé.

Mystérieuse et sombre histoire

Qui dormiras dans le passé !

Et toi qui, jadis, d'une amie

Portas la forme et le doux nom.

L'instant suprême où je t'oublie

Doit être celui du pardon.

Pardonnons-nous: — je romps le charme

Qui nous unissait devant Dieu.

Avec une dernière larme

Reçois un éternel adieu.

— Et maintenant, blonde rêveuse.

LA NLIT D OCTOBRE.

Maintenant, Muse, à nos amours!

Dis-moi quelque chanson joyeuse,

Comme au premier temps des beaux jours.

Déjà la pelouse embaumée

Sent les approches du matin ;

Viens éveiller ma bien-aimée,

Et cueillir les tieurs du jardin.

Viens voir la nature immortelle

Sortir des voiles du sommeil ;

Nous allons renaître avec elle

Au premier ravon du soleil!

Octobre 1807.

Page 1