‹ Poésies nouvelles, 1836-1852Chapitre 31 sur 88 · DIALOGUE · texte numérisé non relu

DIALOGUE

DURAND

Mânes de mes aïeux, quel embarras mortel I J'invoquerais un dieu, si je savais lequel. Voilà bientôt trente ans que je suis sur la terre. Et j'en ai passé dix à chercher un libraire. Pas uri être vivant n'a lu mes manuscrits, Et seul dans l'univers je connais mes écrits.

DUPONT

Par l'ombre de Brutus, quelle fâcheuse affaire ! Mon ventre est plein de cidre et de pommes de terre. J'en ai l'âme engourdie, et, pour me réveiller, Personne à qui parler des œuvres de Fourier ! En quel temps vivons-nous ': Quel dîner déplorable 1

DURAND

Que vois-je donc là-bas ': Quel est ce pauvre diable Qui dans ses doigts transis souffle avec désespoir. Et rôde en grelottant sous un mince habit noir r J'ai vu chez Flicoteau ce piteux personnage.

DUPONT

Je ne me trompe pas. Ce morne et plat visage, Cet œil sombre et penaud, ce front préoccupé,

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