‹ Poésies nouvelles, 1836-1852Chapitre 30 sur 88 · LE FILS DU TITIEN · texte numérisé non relu

LE FILS DU TITIEN

Lorsque j'ai lu Pétrarque, étant encore enfant, J'ai souhaité d'avoir quelque gloire en partage. 11 aimait en poète et chantait en amant ; Pe la langue des dieux lui seul sut faire usage.

Lui seul eut le secret de saisir au passage Les battements du cœur qui durent un moment. Et, riche d'un sourire, il en gravait l'image Du bout d'un stylet d'or sur un pur diamant.

O vous qui m'adressez une parole amie, Qui l'écriviez hier et l'oublierez demain, Souvenez-vous de moi qui vous en remercie.

J'ai le cœur de Pétrarque et n'ai point son génie;

Je ne puis ici-bas que donner en chemin

Ma main à qui m'appelle, à qui m'aime ma vie.

3 mai i838,

SONNET

Béatrix Duiiato fut le duux nom Je celle

Dont la forme terrestre eut ce divin contour.

Dans sa blanche poitrine était un cœur fidèle,

Et dans son corps sans tache un esprit sans détour.

Le hls du Titien, pour la rendre immortelle. Fit ce portrait, témoin d'un mutuel amour; Puis il cessa de peindre à compter de ce jour, Ne voulant de sa main illustrer d'autre qu'elle.

Passant, qui que tu sois, si ton cœur sait aimer. Regarde ma maîtresse avant de me blâmer. Et dis si, par hasard, la tienne est aussi belle.

Vois donc combien c'est peu que la gloire ici-bas, Puisque, tout beau qu'il est, ce portrait ne A-aut pas (Crois-moi sur ma parole) un baiser du modèle.

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