‹ Poésies nouvelles, 1836-1852Chapitre 49 sur 88 · REPONSE A LA CHANSON DE BECKER · texte numérisé non relu

REPONSE A LA CHANSON DE BECKER

Nous l'avons eu, votre Rhin allemand, Il a tenu dans notre verre.

Un couplet qu'on s'en va chantant Efîace-t-il la trace altière Du pied de nos chevaux mai que dans votre sang?

Nous l'avons eu, votre Rhin allemand.

Son sein porte une plaie ouverte, Du jour où Condé triomphant A déchiré sa robe verte.

Où le père a passé, passera bien l'enfant.

Nous l'avons eu, votre Rhin allemand.

Que faisaient vos vertus germaines,

Quand notre César tout-puissant

De son ombre couvrait vos plaines?

Où donc est-il tombé, ce dernier ossement?

Nous l'avons eu, votre Rhin allemand.

Si vous oubliez votre histoire,

2i6 POÉSIES NOUVELLES.

Vos jeunes filles, sûrement.

Ont mieux gardé notre mémoire ; Elles nous ont versé votre petit vin blanc.

S'il est à vous, votre Rhin allemand, Lavez-y donc votre livrée; Mais parlez-en moins fièrement.

Combien, au jour de la curée, Étiez-vous de corbeaux contre l'aigle expirant?

Qu'il coule en paix, votre Rhin allemand; Que vos cathédrales gothiques S'y reflètent modestement; Mais craignez que vos airs bachiques Ne réveillent les morts de leur repos sanglant.

Février iSZii.

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