SUR UNE MORTE
Pouvait s'ouvrir à la fraicheur Du vent qui passe et qui l'oublie.
Elle aurait pleuré, si sa main, Sur son cœur froidement posée, Eût jamais dans l'argile humain Senti la céleste rosée.
Elle aurait aimé, si l'orgueil.
Pareil à la lampe inutile Qu'on allume près d'un cercueil, N'eût veillé sur son cœur stérile.
Elle est morte et n'a point vécu.
Elle faisait semblant de vivre.
De ses mains est tombé le livre Dans lequel elle n'a rien lu.
Octobre 1842.
l'iin livre est ferme et franc, brave homme, il fait aimer. Au milieu des bavards qui se font imprimer. Des grands noms inconnus dont la France est lassée, El de ce bruit honteux qui salit la pensée. Il est doux de rêver avant de le fermer. Ton livre, et de sentir tout son cœur s'animer.
L'avez-vous jamais lu, marquise: et toi, Lisette .- Car ce n'est que pour vous, grande dame ou grisette. Sexe adorable, absurde, exécrable et charmant. Que ce pauvre badaud qu'on appelle un poète Par tous les temps qu'il fait s'en va le nez au vent, Toujours fier et trompé, toujours humble et rêvant.
()ue nous font, je vous prie, et que pourraient nous faire. A nous autres, rimeurs, de qui la grande atïairc
- APRES l NI-: LE( TIRE. ;33
Est de nous consoler en arrangeant des mots, (^ue nous font les sifflets, les cris ou les bravos? Nous chantons à tue-tète : il faut bien que la terre Nous réponde, après tout, par quelques vains échos.
Mais quel bien fait le bruit et qu'importe la gloire:
ICst-on plus ou moins mort quand on est embaumé:
(Qu'importe un écolier, sachant trois mots d'histoire.
(^ui tire son bonnet devant une écritoire,
Ou salue en passant un marbre inanimé:
Etre admiré n'est rien: l'affaire est d'être aimé.
Vive le vieux roman, vive la page heureuse
(^)ue tourne sur la mousse une belle amoureuse 1
Vive d'un doigt coquet le livre déchiré,
Qu'arrose dans le bain le robinet doré!
Et, que tous les pédants frappent leur tète creuse,
Vive le mélodrame où Margot a pleuré I
Oh 1 oh; dira quelqu'un, la chose est un peu rude, N'est-ce rien de rimer avec exactitude:
Et pourqu()i mettrait-on son Hls en pension. Si. pour unique juge, après quinze ans d'étude,
On n'a qu'une cornette au bout d'un cotillon ? J'en suis bien désolé, c'est mon opinion.
Les femmes, j'en conviens, sont assez ignorantes.
On ne dit pas tout haut ce qui les rend contentes;
Et comme, en général, un peu de fausseté
Est leur plus grand plaisir après la vanité,
On en peut, par hasard, trouver qui sont méchantes.
Mais qu'y voulez-vous faire r elles ont la beauté.
Or la beauté, c'est tout. Platon l'a dit lui-même : La beauté, sur la terre, est la chose suprême. C'est pour nous la montrer qu'est faite la clarté. Rien n'est beau que le vrai, dit un vers respecté; Et moi, je lui réponds, sans crainte d'un blasphème : Rien n'est vrai que le beau, rien n'est vrai sans beauté.
Quand le soleil entra dans sa route infinie, A son premier regard, de ce monde imparfait Sortit le peu de bien que le ciel avait fait ; De la beauté l'amour, de l'amour l'harmonie; Dans ce rayon divin s'élança le génie; Voilà pourquoi je dis que Margot s'y connaît.
Et j'en dirais bien plus si je me laissais faire.
Ma poétique, un jour, si je puis la donner,
Sera bien autrement savante et salutaire.
C'est trop peu que d'aimer, c'est trop peu que de plaire :
Le jour où l'Hélicon m'entendra sermonner,
Mon premier point sera qu'il faut déraisonner.
Celui qui ne sait pas, quand la brise étoufîée Soupire au fond des bois son tendre et long chagrin. Sortir seul au hasard, chantant quelque refrain. Plus fou qu'Ophélia de romarin coiffée, Plus étourdi qu'un page amoureux d'une fée, Sur son chapeau cassé jouant du tambourin;
Celui qui ne voit pas, dans l'aurore empourprée. Flotter, les bras ouverts, une ombre idolâtrée; Celui qui ne sent pas, quand tout est endormi, (Quelque chose qui l'aime errer autour de lui; Celui qui n'entend pas une voix éplorée Murmurer dans la source et l'appeler ami;