XI H
Celui qui n"a pas Tànie à tout jamais aimante.
(^)ui n'a pas pour tout bien, pour unique bonheur,
De venir lentement poser son front rêveur
Sur un front jeune et frais, à la tresse odorante,
Et de sentir ainsi d'une tète charmante
La vie et la beauté descendre dans son cctur;
Celui qui ne sait pas, durant les nuits brûlantes Qui font pâlir d'amour l'étoile de Vénus, Se lever en sursaut, sans raison, les pieds nus. Marcher, prier, pleurer des larmes ruisselantes. Et devant l'intini joindre des mains tremblantes, Le cœur plein de pitié pour des maux inconnus:
(^ue celui-là rature et barbouille à son aise; Il peut, tant qu'il voudra, rimer à tour de bras. Ravauder l'oripeau qu'on appelle antithèse, FA s'en aller ainsi jusqu'au Père-Lachaise, Traînant à ses talons tous les sots d'ici-bas: (iraiid hiimnic, si l'on veut; mais poète, non pa>
Certes, c'est une vieille et vilaine famille
(^ue celle des frelons et des imitateurs;
Allumeurs de quinquets, qui voudraient être acteurs.
Aristophane en rit, Horace les étrille:
Mais ce n'est rien auprès des versificateurs."
Le dernier des humains est celui qui cheville.
Kst-il, je le demande, un plus triste souci
(^ue celui d'un niais qui veut dire une chose,
¥A qui ne la dit pas, faute d'écrire en prose r
J'ai fait de mauvais vers, c'est vrai ; mais, Dieu merci !
Lorsque je les ai faits, je les voulais ainsi.
Lt de W'aillv ni Boiste, au moins, n'en sont la cause.
Non, je ne connais pas de métier plus honteux, Plus sot,' plus dégradant pour la pensée humaine. Que de se mettre ainsi la cervelle à la gène, Pour écrire trois mots quand il n'en faut que deux. Traiter son propre cœur comme un chien qu'on enchaîne Et fausser jusqu'aux pleurs que l'on a dans les veux.
O toi qu'appelle encor ta patrie abaissée, Dans ta tombe précoce à peine refroidi, Sombre amant de la Mort, pauvre Léopardi, Si, pour faire une phrase un peu mieux cadencée, Il t'eût fallu jamais toucher à ta pensée, Qu'aurait-il répondu, ton cœur simple et hardi?
Telle fut la vigueur de ton sobre génie. Tel fut ton chaste amour pour l'àpre vérité. Qu'au milieu des langueurs du parler d'Ausonie Tu dédaignas la rime et sa molle harmonie. Pour ne laisser vibrer sur ton luth irrité Oue l'accent du malheur et de la liberté.
Et pourtant il s'y mêle une douceur divine; Hélas ! c'est ton amour, c'est la voix de Nérine, Nérine aux yeux brillants qui te faisaient pâlir, Celle que tu nommais ton « éternel soupir ». Hélas! sa maison peinte au pied de la colline Resta déserte un jour, et tu la vis mourir;
PZttu mourus aussi. Seul, l'âme désolée,
Mais toujours calme et bon, sans te plaindre du sort.
Tu marchais en chantant dans ta route isolée.
L'heure dernière vint, tant de fois appelée.
Tu la vis arriver, sans crainte et sans remords.
Et tu goûtas enfin le charme de la mort.
Novembre i8'(2.