‹ Poésies nouvelles, 1836-1852Chapitre 8 sur 88 · LA 'LOI SIR LA:I'RESSE · texte numérisé non relu

LA 'LOI SIR LA:I'RESSE

Alors portons perruque, allons à Trianon, Soyons des fleurs d'amour et de galanterie : Enfin, décidez-vous, monsieur Thiers, ou sinon,' Laissez-nous être au monde et vivre notre vie.

Serait-ce par hasard que ce « goût « si vanté Passerait à vos yeux pour quelque vieil usage : Ne le croiriez-vous pas de la Grèce apporté r Cela pourrait bien être, et vous pensez, je gage, Que ce goût mer\-eilleux, dont vous faites tapage, Vient de la vénérabL et sainte antiquité.

L'an de la quatre-vingt-cinquième olvmpiadc iCJ'etait, vous le savez, le temps d'Alcibiade, Celui de Périclès, et celui de Platon), Certain vieillard vivait, vieillard assez maussade. Mais vous le connaissez, et vous savez son nom C'était Aristophane, ennemi de Cléon.

Lisez-le, monsieur Thiers, c"est un rude génie; Il avait peu de grâce, et de goût nullement.

On le voyait le soir, devant l'Académie, Poser sa large main sur sa tempe blanchie, A l'ombre du smilax et du peuplier blanc. Le siècle qui l'a vu, s'en est appelé grand.

Quand son regard perçant fixait la face humaine. Pour fouiller la pensée, il allait droit au cœur. Mais il n'en montrait rien qu'un sourire moqueur, Jusqu'au jour où lui-même à la face d'Athène, Tout barbouillé de lie, il montait sur la scène. Attaquait un archonte, et revenait vainqueur.

Il nommait par leur nom les. choses et les hommes.

Ni le bien, ni le mal, pour lui n'était voilé;

Ses vers, au peuple même au théâtre assemblé,

De dures vérités n'étaient point économes.

Et s'il avait vécu dans le temps où nous sommes,

A propos de la loi peut-être eût-il parlé.

« Étourdis habitants de la vieille Lutèce, Dirait-il, qu'avez-vous, et quelle étrange ivresse

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