COMPLAINTE DE MINUCCIO
Va dire, Amour, ce qui cause tia peine, A mon seigneur, que je m'en vais mourir, Et, par pitié, venant me secourir, Qu'il m'eût rendu la Mort mnins inhumaine.
A deux genoux je demande merci.
Par grâce, Amour, va-t'en vers sa demeure. Dis-lui comment je prie et pleure ici, Tant et si bien qu'il faudra que je meure Tout enflammée, et ne sachant point l'heure Où finira mon adoré souci.
La Mort m'attend, et s'il ne me relève De ce tombeau prêt à me recevoir.
J'y vais dormir, emportant mon doux rêve; Hélas! Amour, fais-lui mon mal savoir.
Depuis le jour où, le voyant vainqueur, D'être amoureuse. Amour, tu m'as forcée. Fût-ce un instant, je n'ai pas eu le cœur De lui montrer ma craintive pensée.
3i2 POÉSI ES NOUVELLES.
Dont je me sens à tel point oppressée, Mourant ainsi, que la Mort me fait peur, Qui sait pourtant, sur mon pâle visage, Si ma douleur lui déplairait à voir?
De l'avouer je n"ai pas le courage.
Hélas! Amour, fais-lui mon mal savoir.
Puis donc. Amour, que tu n'as pas voulu
A ma tristesse accorder cette joie.
Que dans mon cœur mon doux seigneur ait lu.
Ni vu les pleurs où nton chagrin se noie,
Dis-lui du moins, et tâche qu'il le croie,
Que je vivrais, si je ne l'avais vu.
Dis-lui qu'un jour, une Sicilienne
Le vit combattre et faire son devoir.
Dans son pays, dis-lui qu'il s'en souvienne,
Et que j'en meurs; faisant mon mal savoir.