‹ Poésies nouvellesChapitre 14 sur 23 · DÉDIE A M. LE BARON J. LEROY · texte numérisé non relu

DÉDIE A M. LE BARON J. LEROY

ancien dépulé du département de la Seine.

De ton vivant point n'ai mangé ton pain , Mort, lu n'as plus de grâces à répandre, mon vieux Roi , de ton noir souterrain Tu m'entendras , si je ne puis l'enlendre.

Enfant du peuple et simple en mes discours, Puisse ma voix et franche et solennelle Te consoler du mensonge des cours Et te bercer dans ta nuit éternelle.

Jadis mon chant, pour venir jusqu'à toi, N'eût pu percer ces avides bariières De courtisans , troupeau lâche et sans foi Qu'on voit brouter sous toutes les bannières.

Mais ton palais en caveau s'est réduit ; Ta cour n'est plus qu'un triste cénobite Qui , de retour de l'office de nuit , Jette sur toi quelque peu d'eau bénite.

Une tempête a ravi tes grandeurs , La mort a fait de ta pourpre un suaire; Et si tes mains s'ouvraient à des flatteurs , On n'en verrait tomber q)ie la poussière.

Puisque Texil t'a laissé presque seul , Qu'autour de toi la mort fait de l'espace , Blondel funèbre , auprès de ton cercueil Le vieil honneur a désigné ma place.

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Mais ne crams pas , monarque si clément , Qu'à tes malheurs ma colère s'enflamme, Ni que la haine , en son aveuglement.

Vienne étouffer le pardon dans ton âme.

Ma muse sait ce qu'on doit à la mort.

Puisque ce vœu fut dans ton agonie, Grâce au coupable avec ou sans remord , Et que Toubli couvre sa félonie.

Dans ce pardon j'ai reconnu mon Roi , Le souverain , souverain de lui-même, Et le chrétien qui , fidèle a sa foi , A dans Tamour consumé le blasphème.

On raccusait d'asservir tes Étals; Mais tes exploits feront mentir les haines , Roi chevalier dont les vaillants soldats N'ont combattu que pour rompre des chaînes.

Va , les élans de ton cœur généreux , Dans l'avenir auront leur récompense , Et montreront, sous un jour radieux , Ce que tu fis pour l'honneur de la France.

Nul n'a plus haut tenu ses étendards Aux yeux jaloux de la ftère Angleterre ; Aux cris poussés par ses trois léopards Tu répondis, et ta voix les fit taire.

La Grèce esclave est au hord du cercueil , Mais tes vaisseaux fendent les mers propices, Et ses enfants , délivrés de leur deuil , Viennent haiser tes mains libératrices.

Tu vas tomber, mais à ses derniers jours De gloire encor ton règne s'illumine :

Alger succombe , et ce nid de vautours Ne vivra plus de sang et de rapine.

Quelque accablant pour ton cœur si français Que soit le poids de la terre étrangère , Et quels que soient les funèbres attraits Que peut t'offrir la tombe héréditaire ,

mon vieux Roi , dans ton exil attends ; Chaque soleil te luit plus favorable :

Quand la justice est la fille du temps , Son jugement en est plus équitable.

Le caillou peut briser un vase d'or, Mais ses débris , dispersés sur la lerre , A tous les yeux sont précieux encor, Et le caillou reste une vile pierre.

La France fut toujours le port Des nations qui font naufrage ; Voyez quel est le triste sort Des derniers enfants de Pelage :

L'héroïsme esta mendier; Sa voix descend à la prière....

Laissez tomber votre denier Dans le casque de Bélisaire.

Ceux qui vous tendent une main Veuve d'une épée illustrée, Croyaient avoir un peu de pain Garanti par la foi jurée ; Mais quel serment demeure entier Quand la trahison le profère?

Laissez tomber votre denier Dans le casque de Bélisaire.

Âh ! le refus de notre don Équivaut peut-être à leur perle :

L'assassinat et l'abandon Montrent déjà leur tombe ouverte.

UNE QUÊTE POUR LES ESPAGNOLS. 119 Là-bas , le poignard meurtrier ; Ici , la faim et la misère....

Laissez tomber votre denier Dans le casque de Bélisaire.

Quand il n'a gardé qu'un lambeau, Quand un crêpe pend à sa lance , Que la couleur de leur drapeau N'étouffe pas la bienfaisance.

Dans l'exil qui vient supplier, Qui pourrait voir un adversaire ?

Laissez tomber votre denier Dans le casque de Bélisaire.

Lorsque l'Europe subira L'orage que couve la nue , Peut-être qu'on se souviendra De tant de valeur méconnue.

FauUil , pour la glorifier, Que le feu du ciel nous éclaire?

Laissez tomber votre denier Dans le casque de Bélisaire.

Sous le veut qui règne aujourd'liui , Quand on sent vaciller le globe.

Qui de nous est sûr que sous lui Le sol natal ne se dérobe?

Pour qu'au sein de votre foyer Dieu vous conserve un sort prospère, Laissez tomber votre denier Dans le casque de Bélisaire.

Puisse la voix d'un barde obscur, Pour ces proscrits de l'ibérie.

Attendrir tout cœur noble et pur, Et leur refaire une patrie.

Le barde, au malheur du guerrier, Devait un hymne tutéiaire.

Laissez tomber votre denier Dans le casque de Bélisaire.

PAR M. ALTAROCIIE.

Sur ton comptoir, heureuse et digne offrande, Un liomme illustre a posé son laurier :

Joins-y , Reboul , pour former la guirlande , Chêne civique ou libre peuplier.

Le luth sacré qu'au poète Dieu donne Est un dépôt dont au ciel il répond.

Si I^martine a tressé ta couronne , Que Béranger rattache sur ton front.

Le temps n'est plus où trônaient au Parnasse Le rêve creux , le chant contemplatif.

La poésie, en voguant dans l'espace , Doit se lester d'un peu de positif.

Si vous voulez qu'au loin le vers résonne, Avec le vers frappez fort..,, frappe donc.

Si Lamartine a tressé ta couronne , Que Béranger l'attache sur ton front.

Malheur à ceux dont la lyre frivole Rend de vains sons modulés au hasard !

Enfant de Dieu , le vers venge ou console ; Le vers sans foi n'est qu'un triste bâtard.

L'un est au ciel l'étoile qui rayonne, L'autre en bas meurt, feu follet vagabond.

Si Lamartine a tressé ta couronne, Que Béranger l'attache sur ton front.

Poète, il faut qu'une pensée austère.

Lampe assidue , éclaire ton labeur.

Noble artisan au blason prolétaire.

Consacre au peuple et tes chants et ton cœur. Vois l'ouvrier que l'exploitant rançonne, Que la misère avilit et corrompt....

Si Lamartine a tressé ta couronne , Que Béranger T'attache sur ton front.

Frappe avec nous sur l'inique partage Que le bon droit veut en vain amender; Aucuns ont pris pour eux seul l'héritage, Laissant à tous les dettes à solder.

Guerre à Toisif qui doucement moissonne , Quand le semeur dans sa faim se morfond.

Si Lamartine a tressé ta couronne , Que Déranger l'attache sur ton front.

Faut- il aussi te montrer la patrie

Sa liberté dont on bride Tessor ,

Sa foi trompée et sa gloire flétrie ,

Et ses vertus qu'on immole au veau d'or?

Ta voix , poète , est un éclair qui tonne ;

Or, c'est d'en haut que toujours l'éclair fond.

Si Lamartine a tressé ta couronne,

Que Béranger l'attache sur ton front.

La poésie est un arbre sublime Dont le feuillage enfante de doux fruits , Des fleurs toujours en émaillent la cime j Mais il est temps qu'elle porte des fruits.

Sur ton fort tronc , ô Reboul , écussonne L'égalité, rameau saint et fécond.

Si Lamartine a tressé ta couronne , Que Béranger l'attaclie sur ton front.

A M. ALTAROCHK.

De Ion hommage, ami, serais-je digne.

Si , vil serpent, j'allais clianger de peau?

En vain , du doigt , ta muse me fait signe De me ranger auprès de son drapeau.

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