‹ Poésies nouvellesChapitre 17 sur 23 · POEME · texte numérisé non relu

POEME

A l'heure où dans le ciel le soleil irrité

En morne solitude a changé la cité ,

Loi*sque les feux ardents que son orbe nous lance

De la nuit en plein jour font régner le silence

Et mourir la fraîcheur au bord même des eaux;

Quand sur la persienne on tire les rideaux

Pour que du jour brisé le reste encor s'émousse,

Sur le sopha rêveur , oh ! que la sieste est douce !

 force d'aspirer son parfum somnolent,

La lèvre laisse choir le havane indolent,

Et l'âme, dans Toubli de ses liens ravie ,

Jouissant de sa seule et véritable vie,

L'âme créée un jour pour ne jamais finir,

Sans remords du passé, sans peur de l'avenir,

Ne connaît qu'un présent plein de douces chimères

Et va comme au zéphyr les vapeurs éphémères,

A son gré parcourant et les temps et les lieux....

Fleurs, kiosques, palmiers à délecter les yeux....

La voilà cette mer aux ondes diaphanes Où se mire le front des rêveuses sultanes.

Ce jour a la couleur des ailes d'Ariel, La myrrhe et l'aloès forment seuls les nuages

Qui peuvent quelquefois obscurcir ce beau ciel. rives du Bosphore ! ô riantes images !

Des voyageurs souvent me l'avaient raconté; Mais qui pouvait vous croire une si belle chose.... Des moutons dans un parc où fourmille la rose !... Certes , si du sultan c'était la volonté. . . . Je sais comme il punit la curiosité , Et me garderai bien d'en demander la cause.... Cachant sous leur dolman leur poignard meurtrier ,

Où vont ses sombres émissaires?...

Au delà de ces murs n'entends-je pas crier?... Ce n'est rien : Sa Hautesse a voulu châtier

L'insolence dés janissaires ;

Mais ne vas pas le publier :

Le sultan n'aime pas à voir s'initier

Les étrangers dans ses affaires.

Mais, dussé-je mourir, ange digne du ciel,

D'où vient cette douleur sur Ion front répandue ? —

Des forbans m'ont ravie au foyer paternel ,

Aux muets du sérail hier je fus vendue. —

Nous pouvons dans les airs nous ouvrir un chemin,

Je puis te rendre à ta patrie ; De quel pays es-tu? — Je suis de l'Ionie. —

De rionie où le ciseau divin Épuisa tout son art sur le profil humain ;

De rionie, Éden du globe!.,.

Si tu veux le sauver : oh ! donne-moi la main , Vois comme sous nos pieds la terre se dérobe.

Cerles j'étais bien bon de ramper autrefois

Sur cette terre misérable, Quand de la pesanteur j'ai secoué les lois:

Le mode aérien est bien plus agréable.

Charme de mon regard, ineffable beauté , Ta confiance à mon âme est trop chère ; Tout ce qui brille en toi doit être respecté :

Je veux t'obienir de Ion père.

Ma fortune a de quoi te faire un sort prospère;

J'ai des jardins, superbes fils de l'art, Suspendus dans les airs sur d'immenses portiques ,

Des perspectives magnifiques De cèdres fabuleux où se perd le regard , Des fleurs dont le parfum serait digne de Tange , Et des oiseaux parés de si vives couleurs Que Ton prend quelquefois , trompé par leur mélange , Les fleurs pour les oiseaux, les oiseaux pour les fleurs; Tout ce qu'on peut créer de beau par la pensée ; Et des bains de porphyre , un palais sans pareil. Quand- tu reposeras sur la pourpre affaissée, De la plume du paon en éventail tressée Des captives viendront rafraîchir ton sommeil , Et de blancs éléphants, harnachés avec pompe,

Viendront attendre ton réveil ,

Pour te saluer de leur trompe

Ainsi qu'un lever de soleil....

Mais ma tète s'égare et mon triste délire M'érige seul en si haut rang.

Ah ! je ne suis qu'un pauvre Franc Qui vil en chantant sur la lyre.

Je n'ai que mon amour, mon ange, à te donner, Des chants, dons précieux de la muse suave; Je baiserai tes pieds, je serai ton esclave, Mes destins indigents se feront pardonner.

Mais voilà que Idjour s'achève, Que l'étoile du soir se lève ; Mon cœur est plein d'un saint émoir ma lyre, reviens à moi !

Que l'hymne de la nuit commence :

L'homme a suspendu ses travaux , La nature est dans le repos; Quelle calme magnificence !

Le front couronné de pavots, Les heures passent en silence.

L'astre rêvant d'Endymion Laisse tomber de son visage Sur l'ouate du blanc nuage La volupté de son rayon.

L'insecte étoile les prairies :

Je vole entre deux firmaments ; C'est l'heure des douces féeries, Où des fleurs les sylphes charmants Quittent les calices dormanls Pour des retraites plus chéries.

A la pâle et douce clarté Qu'un vase d'albâtre emprisonne , Sur le sommeil de la beauté Leur avide essaim tourbillonne....

Que ia lyre s'endorme et la harpe s'éveille ; Car les accords que la harpe produit Peuvent seuls, sans blesser Toreille,

Accompagner les chœurs des astres de la nuit.

Le sou£9e inspirateur pour elle est sans mesure :

Sa vision assiste aux suprêmes conseils.

Elle seule peut lire en cette voûte obscure Le nom du Dieu de la nature Écrit en lettres de soleils.

Nuit, impassible confidente Des voluptés, des pleurs, des crimes, des bienfaits, Quelle main a semé la poussière brillante Que nos regards ravis contemplent sur ton dais?

Malgré l'épaisseur de ton ombre ,

Bien plus habile que le jour

A révéler le Dieu d'amour, Dis-nous , parmi ces étoiles sans nombre.

Quelle est celle qui doil nous recevoir un jour? Quelle est celle qui doit satisfaire à la flamme De ce besoin d'aimer qui nous dévore tous,

Où l'avidité de notre âme

Pourra posséder sans dégoûts?

Infimes enfants de la terre De ses amours bornés la coupe nous altère ; Toute ardeur ici-bas exhale des SK)upirs , Et qui brûle et soupire, hélas ! est pauvre encore , Et cherche un autre objet dans l'objet qu'il adore :

LMnfini seul peut assouvir.

Ah ! la nuit m'a tout dit , et je suis sans excuse.... Mais comment s'arrêter sur de si doux penchants ? Un seul de ses regards fera mentir mes chants : Son image en mon cœur a remplacé la muse.

Portes, notre Ame s'abuse :

Pareils à ces parfums qui s'exhalent des champs Et qui ne peuvent plus retomber sur la terre Ni monter tout à fait aux célestes séjours , Comme entre deux aimants Tun à l'autre contraire ,

Hélas! nous flotterons toujours.

Mais écoutons encore, au sein de l'Empyrée

J'entends une étoile parler; La parole d'en haut nous doit être sacrée ,

Et gardons-nous de la troubler :

« Sous un chaume indigent un enfant vient de naître , « Et le père et la mère en pleurant l'ont reçu. « Pas de lait dans le sein afin de le repaître, « Et pour l'envelopper pas le moindre tissu.

« Et les pauvres époux se disent dans leur âme « (Car comment pourraient<iIs tout haut se l'avouer) : « Si ta bonté , mon Dieu , bientôt nous le réclame , « Nous aurons droit de te louer.

« Un malheureux de moins sera dans cet asile ; « Ses frères et ses sœurs sont déjà trop nombreux « Pour le peu d'aliments que notre main débile « Peut gagner chaque jour et partager entre eux. »

Mais un rayon de ma lumière Tombe, à Tinsu de ses douleurs , Sur ce berceau baigné de pleurs , Et va saluer la chaumière Au nom de futures grandeurs.

Oh ! pauvres gens , si vous pouviez connaître

De cet enfant l'illustre sort ,

La tristesse qui vous pénètre Se changerait en un joyeux transport.

Heureux père , les maiDs ceindraient d'une couronne Le fils que tu crois être un si triste embarras ,

Et maudissant ses pleurs ingrats ,

Ton épouse vers la madone

L'élèverait sur ses deux bras, Et bénirait le ciel qui le lui donne :

Car cet enfant sera le glorieux bâton.

Qui soutiendra votre vieillesse ;

Il sera grand par la richesse

Et plus grand encor par le nom; El quand ses jours seroul des jours antiques, Le voyageur venant visiter les ormeaux

Qui dominent ces toits rustiques,

Emportera comme reliques

Quelques feuilles de leurs rameaux.

Allusion qui me déchire !

Eh bien , oui, je le sais , la muse vient du ciel -, Mais ce que je lui dois el ce que je désire A jeté mon esprit sur les bords du délire :

El je suis accablé d'un présent immortel...

Reposons-nous sur cette nue errante...

Oh! je te reconnais, volupté décevante.

Mes rêves trop souvent ont su te provoquer ,

Lorsque la tète d'une amante S'endormait sur mon sein , mais pour le suffoquer. Le souffle manque à ma poitrine;

Dors cependant, ma compagne divine,

Tu ne saurais ainsi rester trop à mon gré.

Tes cheveux agités par notre élan rapide

D'eux-mêmes s'offriront à mon baiser avide.

U m'est doux de mourir sous ton front adoré.

Quelques moments plus tard, ô brise bienfaisante, Ma lèvre respirait pour la dernière fois, Et maintenant voilà que sa tète charmante Du duvet de l'oiseau n'a pas même le poids...

Mais sous un point du ciel pâlissent les étoiles , Les ténèbres bientôt vont relier leurs voiles. L'aurore vigilante, allumant son flambeau , Aux heures du matin vient tirer le rideau.

Leur odorant essaim a rafraîchi l'espace ; Phébé descend au bois et son croissant s'efface. Déjà le mont Hymette à l'orient vermeil Reflète les freins d'or des coursiers du SoleiL

UNE SIESTE. I4t

Mais ce beau ciei n'esl plus le ciel du vieil Homère . Son Olympe déchu n'est plus qu'une chimère.

Chaque étoile est un Ariel ,

Armé d'une épée acérée Pour défendre au démon les approches du ciel

Dont Mahomet ouvre l'entrée.

Des houris la harpe sacrée

Dirait : Déjà le jour naissant Du turban de la nuit efface le croissant; Le croissant, à son tour, achève sa durée ; Pressé par les deux bouts , il rompt par le milieu :

La Mecque , pleurant sur son dieu , A Delphes, à Délos est déjà comparée.

Toi qui les vis mourir, soleil, prends ton essor!

Quitte ta couche nuptiale :

Sous tes regards d'or , de pourpre et d'opale L'univers du néant semble sortir encor...

Mais trêve à mou esprit ! trêve à tes fantaisies , Flotteras-tu toujours entre trois poésies?

Qu'importe d'où nous vient le jour et sa splendeur? A ces nouveaux rayons, elle est cent fois plus belle. Fille de lionie, à toi seule mon cœur.

La déité pâlit auprès d'une mortelle :

J'abandonne la muse et l'amour est vainqueur.

Amour, fils du vieil Océan,

Quand tu sortis du sein de l'onde ,

Tes yeux regardèrent le monde

A peine tiré du néant:

Soudain avec plus d'énergie

Il sentit circuler la vie;

Tout être éprouva dans son sein

La soif de se lier à l'être.

A ceux qui n'ont pu te connaître

Hélas! tu parlerais en vain.

Demandez au palmier qui confie à Zéphire Des baisers odorants pour celle qu'il désire ;

Aux bords caressés par les eaux ; Au coursier exhalant le feu de ses naseaux;

A la colombe qui soupire; Aux dragons écaillés qui mêlent leurs anneaux ,

Quel est l'océan de délire

Qui les enivre de ses flots.

Ami, voici les lieux où j'ai reçu le jour.

Tu vois cette maison à la simple structure ?

C'est la mienne ; et cet homme à blanche chevelure ?

r/est mon père : oh! rends-moi bien vite à son amour ;

C'est de lui seul qu'il faut que l'on m'obtienne , Et pour récompenser ton généreux secours , Puisse sa volonté ressembler à la mienne. —

Bon vieillard, interromps le cours Des pleurs que je te vois répandre ;

Ta fille était perdue et je vvsns te la rendre ;

Des hontes du barem j'ai préservé ses jours.

Qu'elle soit à moi pour toujours, C'est le prix où j'ose prétendre.

Tes vœux sont hauts, je n'V puis consentir; Et dût d'avoir su m bien faire Ton noble cœur se repentir ; Je ne saurais accepter ta misère ; Car la main de ma fille est un riche trésor Qui ne sera donné qu'à la puissance ou l'or.

Qu'offres-tu pour me satisfaire? —

UNE SIESTH. 151

as

Ma lèvre ne sait point mentir • cupide vieillard , j'oserai te le dire ,

Je ne possède qu'une lyre Que l'amour et l'honneur font parfois retentir.

Un chantre pauvre admis dans ma famille En doublerait la peine et le souci.

Dans ma maison entre, ma fille,

Et toi, retire-toi d'ici...

Quelle déception amère !

Les mots manquent à ma douleur;

Eh quoi ! dans le pays d'Homère La muse n'a point de valeur?

Mais le Grec est tombé plus bas que l'esclavage;

11 n'ai de ce qu'il fut gardé nul souvenir.

Tous les nobles instincts ont fui de ce rivage.

Si quelque malheureux aux muses rend hommage , 11 chantera pour s'étourdir , Non pour s'exalter le courage.

Hélas l moi-même aussi je cherche à me tromper : Mon dénùment n'est que trop véritable ,

Et d'un refus inexorable

Ce vieillard a dû me frapper.

La flèvre en mes veines circule :

Malheureux ! je me fais à moi-même pitié.

lyre, tu n'es plus qu'un objet ridicule,

Et je le brise sous mon pied.

. Instrument de mon infortune , Je joindrai mon injure à l'injure commune :

Sois maudit: tu n'es rien; l'or est tout : il m'en faut! Je ne puis en avoir ici-bas, mais là-haut !... Ressuscitez pour moi, femmes de Thessalie ,

Vos antiques enchantements.

Pour avoir les trésors que le ciel me dénie , II me faut voyager par tous les firmaments.

Ne me gardez point de rancune De l'oubli de vos noms dans mes tristes concerts... Mais l'ombre avant le soir vient épaissir les airs , Le jour devient la nuit et le soleil la lune. J'entends frémir le souffle des enfers, Des forêts d'alentour se plaindre le vieux chêne , Dont l'écorce en s'ouvrant enfante des démons. De l'aqueduc ruiné qui rampe sur ces monts ,

Le front couronné de verveine, Les cheveux noirs noués par un ruban de feu ,

164 s UNE SIESTE.

Quelle femme s'échappe et descend en ee lieu P Est-ce pour soulager ma peine ^~-

C'est moi qui du ciel aux abois

Arrache la lune écarlate ,

Et fais rougir au fond des bois

La meute infernale d'Hécate.

Quand ma baguette a sur le sol

Tracé le cercle sabbatique ,

Quand mon orfraie a pris son vol

En Jetant son cri fatidique ,

Quand Je tourmente le rhombus

Sous les coups de mon fouet magique ,

A la flamme cabalistique

Faite avec des cercueils rompus

Ravis au cimetière antique,

Jamais l'abtme à ma supplique

Ne répondit par un refus.

Par cet essai de sa puissance, Juge de l'effet de mon art, • Et dis si jamais ton regard Vit pareille magnificence. —

as

Quel rêve ici m'a transporté?

Est-ce mensonge ou vérité P Quelles colonnades splendides Ont remplacé ces campagnes arides !

Albâtre, onyx, marbres phosphorescents, Quelle main a taillé vos contours ravissants Et peuplé ce palais d'un monde de statues?

Mais de leurs piédestaux les voilà descendues..

Galatée a trouvé des sens.

Par tant de majesté , de grâce et d'élégance , Ah ! sans doute Tesprit, Tesprit s'est tu charmer, Et la forme idéale a forcé Texistence A descendre sur elle afin de ranimer;

Mon orgueil vaincu le ^éclare :

Quoique ayant vu le jour sous d'autres régions Où la flamme des arts -ne fut jamais avare , muse de la Grèce , à ces perfections 11 nous faut accepter l'injure de barbare Que ton dédain jetait aux autres nations.

La voilà, juste ciel! oh ! la voilà, c'est elle : Mon cœur l'a reconnue aussitôt que mes yeux ; Tant d'attraits n'étaient pas d'une simple morleile. Je la revois, la soeur, et la sœur la plus belle

De ces déesses , de ces dieux.

Un destin moins brillant me plairait cent fois mieux :

Hélas ! sa nature immortelle La forcera sans doute à repousser mes vœux.. .

barbare magicienne ^ Pourquoi me dérober ces douces visions? —

Elles n'étaient qu'illusions Que fait naître et mourir ma verge souveraine.

Pour que dans sa réalité

L'objet adoré t'appartienne ,

Souviens-toi de ta pauvreté ,

De l'or exigé par un père ;

Il te faut, pour le satisfaire,

Mettre l'enfer de ton côté.

Que lui donnerais-tu , s'il venait à ton aide ? —

Demande au malheureux que le soleil obsède Et que la soif met au tombeau ,

Ce qu'il pourrait donner de tout ce qu'il possède Pour obtenir un verre d'eau . —

168 UNB SIESTE.

Je t'entends, Belzébut désormais est ton maître;

A tes vœux il s'est résigné; Prends et lis cet écrit où ton nom doit se mettre.

Femme, reprends^e, j'ai signé. —

Par ton âme dépossédée

De la marque du doigt divin »

Veux-tu pour tanchir ton chemin

Les dragons ailés d'Asmodée,

Ou ^hippogriffe de Merlin ,

Ou Phlégon. coursier intrépide»

Sinistre rival de l'éclair,

Né d'un étalon de l'enfer

Et d'une cavale numide ?

Ampuse, démon du midi,

Qui le tient sous sa dépendance,

N'a pu dompter sa violence.

Son vol n'esl jamais refroidi; Au delà de rimpatience Du cavalier le plus hardi »

Ses pieds dévorent la distance. —

Ah! c*esl ce qu'il me faut... le voilà!... Soyons prompt, Noble coursier , ma tête est embrasée :

Je veux aller baigner mon front Aux lieux d'où descend la rosée.

Montons aux célestes séjours i Il faut que lu me les dévoiles , Car à l'objet de mes amours J'ai promis un collier d'étoiles ,

Et puis rarc-eo-ciel pour ruban , Et puis les feux de la comète Afin d'en orner son turban, Car son turban manque d'aigrette ;

Pour son père avaricieux , Qui dédaigne mon infortune, Tout Tor du soleil radieux , Tout l'argent de la blanche lunç.

Mais, ô Phlégon, arréle-loi!

Ma tête tourne de vertige, Ton dos se dérobe sous moi , Phlégon, arréte-toi , te dis-je !

ciel ! je te supplie en vain.

Je pends sur la vaste carrière Et sens glisser entre ma main Le dernier poil de ta crinière...

as

Quelle chute ! tout fracassé, Je n'ai plus qu'un moment à vivre , Et mon Dieu fut trop offensé Pour que sa bonté me délivre.

J'ai pour de profanes amours Renié la muse céleste , L'enfer m'accorda son secours .

J'ai mérité mon sort funeste.

m UNE SIESTE.

Mais pourquoi flalres^tu mon corps»

Quand par loi la morl m'environne f Ptilégon, aurai8-tu des remords?

Ah! s'il faut que je te pardonne,

Sous cet arbre qu'a desséché Du simoun la brûlante boleiue , Pour me voir à jamais coucbé , Que ton s^bot creuee l'ar^qe.

Que TArabe, aux haltes du soir»

Quand la cbamelle s'agenouille»

Ne puisse pas s'apercevoir Qu'il va dormir sur ma dépouille.

Que l'oubli soit sur mon repos , Que ma mère , dans ses alarmes, Ne puisse pas trouver mes os Afin de les mouiller de larmes ;

Et qu'au jour où le monument Rendra la poussière de l'homme , La trompette du jugement Ne puisse pas rompre mon somme.

Dormiras-tu toujours ? — Qui va la ? — Camarade , On n'a pas vu dé soirs plus beaux :

Les brises de la mer soufflent sur l'esplanade , Tout accourt à la promenade ,

Et de la course des taureaux La foule sort à pleine arcade :

Debout. — Que tu fais bien ! mon ami, de venir : Ta voix a dissipé de terribles alarmes.

Mon rêve, d'abord plein de charmes, Commençait à se rembrunir.

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