ÉLÉGIE ROMAINE
ma fllle ! ta morl m'esl une rude épreuve ; Une.seconde fois la Parque me fail veuve.
Le jour où Ton m'apprit que d'un fer inliumain Ton père avait été percé par le Germain ,
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Ce deuil intérieur dont Pâme se dévore
M'accabla. Cependant tu me restais encore ,
Et l'époux adoré dont je suivais la loi
Revivait dans tes yeux et respirait en toi ;
Et , suspendue au cou de ta mourante mère ,
Tu voyais sa douleur devenir moins amère.
Quand je sentais ton cœur pressé contre mon sein ,
Le jour à mon regard redevenait serein ;
Et je n'ai maintenant pour calmer mes alarmes
Que cette urne insensible où ruissellent mes larmes !
Hélas ! et vainement; car, comme elles amers,
Quand mes pleurs répandus égaleraient les mers,
Quand mes sanglots seraient à briser une pierre,
Jq ne parviendrais point à rouvrir ta paupière.
Mais si les dieux des morts sont si durs, si cruels.
S'ils restent même sourds aux regrets maternels,
Et de vin et de lait j'arroserai ta cendre,
Et te rendrai les soins que tu devais me rendre.
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Le coup qui m'a frappée anéantit mon cœur ; Je n'en saurais jamais supporter la rigueur : Mon deuil est trop pesant , ma douleur trop cruelle, Pour que le temps les puisse emporter de son aile. Ah \ plus profondément , chaque jour qui luira , Je sens que dans mon sein le trait s'enfoncera. Mon esprit se refuse h cette affreuse idée :
De ma fille à jamais je suis dépossédée !
Mes regards par les siens ne seront plus cliarniéi ! A mes embrassements ses bras seront fermés !
Et sa lèvre sera morte à toute caresse !
Et je n'entendrai plus sa voix enchanteresse Qui , durant la veillée où tournaient les fuseaux , Changeait presque en plaisir l'ennui de nos Iravaux. Désormais pour charmer ma triste solitude , Quand les soirs seront longs et le temps sera rude, Je n'aurai que ma lampe à la pâle clarté Montrant de mon réduit la sombre nudité , Semblable à ces flambeaux dont les lueurs funcl)res De l'asile des morts éclairent les ténèbres ! Je ne puis accepter un pareil avenir :
Je sens que mon destin ici-bas doit finir; Dans son cercle fatal le désespoir m'enferme. La mort à mes douleurs peut seule mettre un terme.