‹ Poésies nouvellesChapitre 19 sur 23 · IDYLLE · texte numérisé non relu

IDYLLE

Polémon n^élail plus, et sur sa sé|>uUure Cynthie ayalt coupé sa blonde chevelure , Et du tertre funèbre , arrosé de ses pleurs ^ Le gazon témoignail de ses tives douleurs :

« Si jamais j'oubliais mon Polémon fidèle, Répandez sur mes yeux votre nuit éternelle , Filles de TAchéron, vous, dieux des sombres bords, Garants des vœux formés sur la cendre des morts; Si d'un nouvel amour je me fiaisais injure, Ravissez la parole à ma lèvre parjure, L'ouïe à mon oreille, et qu'un double fléau, Le silence et la nuit, m'accompagne au tombeau ! > Ainsi parlait Gynthie , et sa vive tendresse Croyait sincèrement accomplir sa promesse ; Mais les dieux sont cléments et ne sauraient punir

Les serments insensés que l'on ne peut tenir.

Et toute une saison, chaque aurore nouvelle.

Aux mânes adorés l'amante fut fidèle ; Mais un jour, en venant pleurer sur leur tombeau , Elle vit un pasteur, des pasteurs le plus beau : On eût dit Apollon portant une houlette , Alors qu'il conduisait les génisses d'Admète.

Ce que la belle en deuil ressenlit dans son cœur, L'enfant-dieu qui des dieux est entor le vainqueur Et dont le front est ceint des roses de Gythère, Pourrait, s'il le voulait, en dire le mystère ; Ce que Ton peut savoir, c'est que moins tristement La belle ce jour-là pleura sur son amant ; Que ses doigts sur son front passaient à l'aventure Comme s'ils regrettaient sa blonde chevelure ; Que sa télé sojiivent se levait de sa main Afin de regarder du côté du chemin , Et de trouver au loin la place du bocage Où ses yeux avaient vu la ravissante image... Mais les dieux sont cléments et ne sauraient punir Les serments insensés que l'on ne peut tenir.

Et le temps , qui détruit et répare sans cesse , Au beau cou de Cynlhie a rendu chaque tresse , Ranimé ses attraits flétris par la douleur :

Les roses de sa joue ont repris leur couleur,

Et ce D'est pas toujours la cendre blen-aimée

Qui lui Tait parcourir la roule aocouluméc.

Hélas! de Polémon le triste monument

Après rindifférence a tu llsolement ;

Il ne reçoit de pleurs et de tributs funèbres

Que la pluie ou les eaux qui tombent des ténèbres.

Si la belle parfois fréquente ce séjour,

C'est pour le beau pasteur qui l'épie à son tour ;

Dans leur regard l'un l'autre ils n'ont su que trop lire ,

Et leur cœur a brûlé d'un mutuel délire...

Mais les dieux sont cléments et ne sauraient punir

Les serments insensés que l'on ne peut tenir*

Un jour, l'ardent Phébus dans sa voie éclatante Montait sans rencontrer une vapeur flottante : L'azur seul s'étendait sur l'Oiympe immortel , La terre souriait au sourire du ciel ,

Le sou£Ele du printemps ranimait toutes choses : Philomèle cachée au fond des lauriers-roses , Les larmes de Taurore au calice des fleurs , Le zéphyr apportant de suaves odeurs , Le murmure des pins sur les bords des fontaines Et le bruissement des ailes de phalènes »

Tout chantait de l'amour Tineffable concert Et Vénus se laissait respirer avec Tair.

Le pasteur, plus hardi , accourut vers Gynthie ; Il se jette à ses pieds : « charme de ma vie ! Oh ! si j'étais celui qui doit calmer Ion deuil , Si ta voix me disait ce que me dit ton œil , Les plus riches des rois que l'Orient adore Près d'un pauvre pasteur seraient pauvres encore ; Les dieux qui de l'Olympe habitent la splendeur N'auraient pas de bonheur égal à mon bonheur ! » La vierge, rougissant, voulut prendre la fuite. Mais en vain; le pasteur se met à sa poursuite Et finit par l'atteindre à l'endroit du vallon Où gisait le tombeau du pauvre Polémon.

Là, serrant dans ses bras l'infidèle Cynthie , Il cueille un doux baiser sur sa lèvre jolie. Elle, feignant la crainte , invitant d'un refus: « Oh ! laissez-moi , » dit*elle avec un air confus.

Et le baiser fut pris , et sur son beau visage Le remords ne vint pas répandre son nuage...

Mais les dieux sont cléments et ne sauraient punir Les serments insensés que Ton ne peut tenir.

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