TRISTESSE EN MER
Les mouottos volent et jouent ; Et les blancs coursiers de la mer, Cabrés sur les vagues, secouent Leurs crins échevelés dans l'air.
liC jour tombe ; une fine pluie Éteint les fournaises du soir, Et le steam-boat cradiant la suie Rabat son long panache noir.
Plus pâle que le ciel livide Je vais au pays du charbon, Du brouillard et du suicide ; — Pour se tuer le temps est bon.
Mou désir avide se noie Dans le gouflre amer, qui blanchit ; Le vaisseau danse, l'eau tournoie, Le vent de plus en plus fraîchit.
Oh ! je me sens Tâme navnV ; L'Océan gonfle, en soupirant, Sa poitrine désespi'nV, Comme un ami qui me oomprenil.
Allons, peines d'amour perdues, Espilirs lassés, illusions Du socle idéal descendues, Un saut dans les moites sillons!
A la mer, souffrances passées.
Qui revenez toujours, pressnni Vos blessures cicatrisées Pour leur faire pleurer <lu saiii» !
A la mer, speclies de mes rêves, Regrets aux mortelles pâleurs Dans un cœur rouge ayant sept glaives Comme la Mère des Doideiirs.
fiH ÉMAUX ET CAMÉES.
Chaque fantùmc plonge ol lutte Quelques instants avee le flot Qui, sur lui, fcrnie sa volute Et Ten^^'loutit dans un sanglot.
Lest de Tâme, pesant bagage, Trésors misérables et cbers.
Sombrez, et dans votre naufrage Je vais vous suivre au fond des mers !
Bleuâtre, enflé, méconnaissable, Bercé par le flot qui bruit, "
Sur r humide oreiller du sable Je dormirai bien cette nuit !
Mais une femme dans sa mante
Sur le pont assise à l'écart.
Une femme jeune et charmante Lève vers moi son long regard.
Dans ce regard, à ma détresse La Sympathie aux bras ouverts Parle et sourit, sœur ou maîtresse.
Salut, yeux bleus, bonsoir, flots verts !
Les mouettes volent et jouent ; Et les blancs coursiers de la mer, Cabrés sur les^vagues, secouent Leurs crins écbevelés dans Tair. ^
A l'NE ROBE hOSE
Que tu me plais dans cette robe Qui te désliabille si bien, Faisant jaillir ta gorge en globe, Montrant tout nu ton bras païen !
Frêle comme une aile d'abeille, Frais comme un cœur de rose-tbc, Son tissu, caresse vermeille, Voltige autour de ta l)eaulé.
De l'épiderme sur la soie Glissent des frissons argentés, Ft l'étoffe à la cliaiv renvoie Ses éclniî s roses r/ Pétés.
ÉMAUX ET CAMÉES. fi!»
D'où te vient cette robe étrange Qui semble faite de ta chair, Trame vivante qui mélange Avec ta peau son rose clair?
Est-ce à la rougeur de l'aurore, A la coquille de Vénus, Au l)outon de sein près d*éclore, Que sont pris ces tons inconnus?
Ou bien l'étoffe est-elle teinte Dans les roses de ta pudeur?
Non; vingt fois modelée et peinte, Ta forme connaît sa splendeur.
Jetant le voile qui te pèse, Réalité que Fart rêva.
Comme la princesse Borglièse Tu poserais pour Canova.
Et ces plis roses sont les lèvres De mes désirs inapaisés.
Mettant au corps dont tu les sèvres Une tunique de baisers.