‹ Poésies nouvellesChapitre 17 sur 83 · LE MONDE EST MÉCHANT · texte numérisé non relu

LE MONDE EST MÉCHANT

Le monde est méchant, ma petite :

Avec son sourire moqueur Il dit qu*à ton côté palpite Une montre en place de cœur.

— Pourtant ton sein ému s*élève Et s'abaisse comme la mer, Aux bouillonnements de la sève Circulant sous ta jeune chair.

Le monde est méchant, ma petite :

Il dit que tes yeux vifs sont morts Et se meuvent dans leur orbite A temps égaux et par ressorts.

— Pourtant une larme irisée Tremble à tes cils, mouvant rideau, Gomme une perle de rosée Qui n'est pas prise au verre d'eau.

Le monde est méchant, ma petite :

Il dit que tu n'a pas d'esprit, Et que les vers qu'on te récite Sont pour toi comme du sanscrit.

— Pourtant, sur ta bouche vermeille, Fleur s'ouvrant et se refermant, Le rire, intelligente abeille, Se pose à chaque trait charmant.

C'est que tu m'aimes, ma petite, Et que tu hais tous ces gcns-là.

Quitte-moi ; — comme ils diront vite :

Quel cœur et quel esprit elle a !

Page 1