‹ Poésies nouvellesChapitre 29 sur 83 · LES NÉRÉIDES · texte numérisé non relu

LES NÉRÉIDES

J*ai dans ma chambre une aquarelle Bizarre, et d'un peintre avec qui Mètre et rime sont en querelle, — Théophile Kniatowski.

Sur Técume blanche qui frange Le manteau glauque de la mer Se groupent en bouquet étrange Trois nymphes, fleurs du gouffre amer.

Comme des Us noyés, la houle Fait dans sa volute d'argent Danser leurs beaux corps qu'elle roule, Les élevant, les subnicrgeaiil.

110 ËMÀUX ET CAMÉES.

Sur leurs tôtes blondes, coiflees De pétoncles et de roseaux, Elles mêlent, coquettes fées, L*écrin et la flore des eaux.

Vidant sa nacre, Thuître à perle Constelle de son blanc trésor Leur gorge, où le flot qui déferle Suspend d'autres perles encor.

Et, jusqu'aux hanches soulevées Par le bras des Tritons nerveux.

Elles luisent, d*azur lavées.

Sous Tor vert de leurs longs cheveux.

Plus bas, leur blancheur soûs l'eau bleue Se glace d'un visqueux frisson, Et le torse finit en queue, Moitié femme, moitié poisson.

Mais qui regarde la nageoire Et les reins aux squammeux replis, En voyant les btistes d*ivoiî*e Pat le baiser des mers poUs?

A rhorizon, — piquant mélange De fable et de réalité, — Paraît un vaisseau qui dérange Le chœur marin épouvanté.

Son pavillon est tricolore ; Son tuyau vomit la vapeur ; Ses aubes fouettent Feau sonore, Et les nymphes plongent de peur.

Sans crainte elles suivaient par troupes Les trirèmes de 1* Archipel, Et les dauphins, arquant leurs croupes, D'Arion attendaient l'appel.

Mais le steam-boat avec ses roues, Comme Vulcain battant Vénus, Souffletterait leurs belles joues Et meurtrirait leurs membres nus.

Adieu fraîche mythologie !

Le paquebot passe et, de loin, Croit voir sur la vague élargie Une culbute de marsouin.

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