PROLOGUE D^OUVERTURE
Avec cet air, ce port, cette mine hautaine, D'Henriette ou d'Emma la défaite est certaine.
l'esprit chagrin.
Comment s'appellent-ils?
LE DIRECTECR.
Ils ne s'appellent pas !
Sur le char de Thespis ils font leurs premiers pas. Si leurs noms sont obscurs, ils se feront connaître ; Attendons. Nul ne fut célèbre avant de naître. D'autres ont le passé, nous avons l'avenir ; Le temps coule, et l'espoir vaut bien le souvenir. Qui sait? dans cette troupe encor timide et gauche, Peut-être des Talma sont à l'état d'ébauche.
l'esprit chagrin, à part.
Avec ses grands acteurs en probabilité.
Il n'aura pour public que la postérité !
LE DIRECTEUR
Saluez mon Agnez, un ange!
l'esprit chagrin.
Moins les ailes !
LE DIRECTEUR
Qu'en savez-vous? — Voyez l'azur de ces prunelles. Cette paupière blonde et ce regard voilé ; Arnolphe aurait bien tort de la tenir sous clé !
l'esprit chagrin.
11 aurait bien raison.
LE DIRECTEUR
J*ai là quelques soubrettes Expertes à mener les choses d'amourettes; Qui, le rire à la bouche et Tétincelle aux yeux, Font réussir le jeune avec l'argent du vieux... Voulez-vous des valets ? en voilà : Mascarille, Scapin, gens de conseil pour les fils de famille ; Ces démons galonnés qui ne redoutent rien.
Sont capables de tout, hors de faire le bien! Voici madame Ârgan, duègne prématurée.
l'esprit chagrin.
Pourvu que le théâtre ait un peu de durée, Elle aura le physique et l'âge de l'emploi.
LE directeur.
S'il faut suivre la reine ou précéder le roi. Courir avec un maître en galant équipage, Ces jambes-là mon cher, feront un joli page.
C'est l'heureux suppléant du comte Âlmaviva, Le chérubin d'amour que Rosine rêva.
l'esprit chagrin.
Cette dame en atours?
LE DIRECTEUR
C'est ma grande coquette, Ma Célimène, adroite à ce jeu de raquette Où d'un causeur à l'autre un mot étincelant Rebondit sans tomber comme fait un volant.