‹ Poésies nouvellesChapitre 77 sur 83 · PROLOGUE D'OUVERTURE · texte numérisé non relu

PROLOGUE D'OUVERTURE

LE DIRECTEUR

Vous voilà cependant.

l'esprit chagrin.

Ce fait invraisemblable S'explique : je demeure où finit le chemin, Étant un naturel du faubourg Saint-Germain. •

LE DIRECTEUR

Remettez au carquoi ces flèches émoussées ;

Nos armes par vos traits ne seront pas faussées,

Et ne nous criblez plus d'im sarcasme banal

Qui serait dédaigné du plus mince journal.

Qu'importent quelques pas ou quelques tours de roue?

L'Odéon, n'est pas loin quand Lxxrèce s'y joue.

Antigone^ malgré la route et ses lenteurs,

Attirait au désert deux mille spectateurs ;

Et la distance à tous paraissait exiguë.

Quand au bout de la route on trouvait la Ciguë.

Qui se plaint du chemin alors que le but plaît,

Hors les cochers de fiacre et de cabriolet !

Les Deux Mains deGozlan, ont dune étreinte adroite,

Uni la rive gauche avec la rive droite.

Ayons Hugo, Dumas, Ponsard, et j'en réponds,

Nul ne regrettera de traverser les ponts.

Une pièce à succès, comète à longue queue.

Au centre de Paris peut mettre la banlieue.

Le théâtre est lointain, fût-il au boulevard,

Qui manque aux saintes lois du bon goût et de Tart ! D'ailleurs, je ne veux pas que Tautre bord se gènef Et me contenterai du public indigène.

Le faubourg Saint-^lermain a, pour m*alimenter, Trois cent mille habitants sur qui je peux compter. Héme je leur permets d'aller voir à la viUe Mélodrame, opéra, ballet ou vaudeville, Toute œuvre curieuse et tout acteur vanté, Tellement je suis sûr de leur Qdélité.

l'esprit chagrin.

Votre salle remplie, il vous faut une troupe. Des acteurs...

• LE DIRECTEUR

J'en ai trop ; voyez plutôt ce groupe !

Touteà les portes s'ouvrent. — Les acteurs se répandent sur le théâtre.

Ces marauds sont mes niais; ces gaillards véhéments Font les jeunes premiers et les rôles d'amants. Dès sept heures du soir, afin de plaire aux femmes. Jusqu'à minuit sonnant ils jettent feux et flammes* Il leur est défendu d'avoir de l'embonpoint ; Un amoureux trop gras ne persuade pohit.

Ils doivent, par contrat, garder la taille mince^ Ou s'en aller grossir les troupes de province. Regardez ces deux-ci ; quel air de vieux tableau ! L'un est signé Van Dyck, et l'autre Hurillo;

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