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PROLOGUE D'HENRIETTE MARÉCHAL

Pardon, si nous voilà dans cette noble enceinte

Grisés de paradoxe, intoxiqués d'absinthe,

Près des masques sacrés, nous, pantins convulsîfs ;

Aux grands ennuis il faut des plaisirs excessifs.

Et notre hilarité furieuse et fantasque.

En bottes de gendarmes, un plumeau sur le casque

Donnant à la folie un tam-tam pour grelot,

Aux rondes du Sabbat oppose son galop.

Mais, hélas! nous aussi, nous devenons classiques,

Nous, les derniers chicards et les derniers caciques.

Terreur des dominos, repliant le matin,

Chauves-souris d'amour, leurs ailes de satin.

Bientôt il nous faudra pendre au clou dans Tarmoire

Ces costumes brillants de velours et de moire.

Le carnaval déjà prend pour déguisement

L'habit qui sert au bal comme à l'enterrement.

Il vient à l'Opéra, grave en cravate blanche.

Gants blancs, souliers vernis, et du balcon se penche;

Hamlet du trois pour cent, ayant mis un faux nez,

11 débite son speech aux titis avinés.

L'outrance, l'ironie et l'acre paroxysme,

L'illusion broyant les débris de son prisme.

Tous les moxas brûlants qu'applique à son ennui

La génération qui se nomme Aujourd'hui,

Mêlent leur note aiguë à l'étrange harangue

Dont la vieille Thalie entendrait peu la langue,

Dialecte bizarre, argot spirituel Où de toutes ses dents rit le rire actuel!

Si le théâtre est fait comme la vie humaine, 11 se peut qu*uu vrai bal y cause et s*y promène. Or donc, excusez*nous d'être de notre temps, Nous autres qui serons des types dans cent ans. Pendant que la parade à là porte se joue, Le drame sérieux se prépare et se noue, Et quand on aura vu Talbum de Gavarni, L'action surgira terrible...

UN MASQUE, r en traînant.

As-tu fini!

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