‹ Poésies nouvellesChapitre 82 sur 83 · DRAUE EN TROIS ACTES DE MM. ÉD. ET J. DE CONCOURT · texte numérisé non relu

DRAUE EN TROIS ACTES DE MM. ÉD. ET J. DE CONCOURT

Bah ! tant pis, Mardi gras a lâclié sa volière,

Et l'essaim envahit la maison dç Molière,

Cent oiseaux de plumage et de jargon divers ;

Moi, je viens, empruntant aux Fâcheux ces deux vers,

Dire au public surpris : « Monsieur, ce sont des masques

Qui portent des crincrins et des tambours de basques. »

Des masques ? Vous voyez : un bal au grand complet !

Mais Molière, après tout, aimait fort le ballet.

Les matassins, les turcs et les égyptiennes

Se trémoussent gaîment dans ses pièces anciennes.

* Ce prologue a été dit, au lever du rideau, par mademoiselle Ponsin.

L'intermède y paraît vif, diapré, joyeux,

Au plaisir de Tesprit joignant celui des yeux,

Et pour les délicats c'est une fête encore

D*y voir en même temps Tbalie et Terpsichore,

Ces Muses, toutes deux égales en douceurs,

Se tenant par les mains comme il sied à des sœurs.

Quand s'interrompt d'Argan la toux sempiternelle,

On s'amuse aux archers rossant Polichinelle,

Et les garçons tailleurs s'acceptent sans dédain

En cadence apportant l'habit neuf de Jourdain.

Le bon goût ne va pas prendre non plus la mouche

Pour quelques entrechats battus par Scaramouche.

Seulement, direz-vous, ces fantoches connus

Sont traditionnels, et, partant, bien venus.

Leur visage est coulé dans le pur moule antique,

Et l'Atellane jase à travers leur pratique ^

Même pour des bouffons, l'avantage est certain

De compter des aïeux au nom grec ou latin.

Nous autres, par malheur, nous sommes des modernes.

Et chacun nous a vus, sous le gaz des lanternes.

Au coin du boulevard, en guise d'Évohé,

Criant à pleins poumons : « Ohé, c'te tête, ohé ! »

Pierrettes et Pierrots, débardeurs, débardeuses

Aux gestes provoquants, aux poses hasardeuses, ^

Dans l'espoir d'un souper que le hasard paîra.

Entrer comme une trombe au bal de l'Opéra.

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