‹ Poésies Par Madame Amable TastuChapitre 59 sur 77 · N. I. LEMERCIER · texte numérisé non relu

N. I. LEMERCIER

JEUNE oiseau voyageur, fils du vautour des mers, Qui d’une aile puissante, au milieu des orages,

À balayé Les flots amers,

Que viens-tu chercher sur nos plages?

N'’avais-tu pas sur tes rivages L’éclat d’un soleil éternel, De fraîches eaux, de beaux ombrages,

Et l'abri du nid paternel ?.…

| Mais hélas ! sous l’azur d’un ciel toujours tranquille, pi oh Tu n’as foulé qu’un sol toujours ensanglanté De l'effort douloureux et peut-être inutile Que fait pour s'affranchir l’antique Liberté : Et tu viens sur nos bords, enfant de l’Hellénie, De tes doctes aïeux réclamer le génie!

Quoi! du legs qu’ils ont fait à la postérité Leur berceau poétique est seul déshérité?

L’Esclavage et le Temps ont banm de l’Attique L’hymne de Sunium, les leçons du Portique ; Mais aux trésors puisés dans ces divins écrits, Est-ce à toi de prétendre, à fils de Canaris! Quelles leçons vaudraient l'exemple de ton père ? Et de quels tendres soins la douceur étrangère Peut-elle s’égaler aux baisers maternels ?.… Servir la Liberté, ton Pays, tes Autels,

Vivre pour les chérir, mourir pour Îles défendre, C’est là, surtout, c’est là ce qu’il te faut apprendre, Et pour y parvenir il n’était pas besoin,

Jeune enfant d’un héros, de t’envoyer si loin: Si ta noble patrie, à tes mains intrépides,

Doit confier un jour ses brülots enflammés,

Que ne te laissait-on, pour maîtres et pour guides,

Ses hardis matelots et ses Klephtes armés!

C’étaitassez pourtoi. Leurs chants, dansta mémoire,

De tes concitoyens auraient gravé la gloire;

Et l'hymne des succès, du deuil ou des combats,

eût nommé Pharmakis, Christos, Boukovallas,

Moscho, qui tour à tour mère, épouse, héroïne,

Son enfant au bras gauche, au droit sa carabine, Des balles dans son tablier,

Savait agir, combattre et mourir en guerrier.

Le sort n’accorda point à ces noms de la veille

De ceux des anciens jours la sonore douceur,

Qu'importe? Il est toujours assez doux à l’oreillt

Le nom qui fait battre le cœur!

De quoi te serviront nos études frivoles, Cet inutile amas de stériles paroles?

De quoi te serviront ces sciences, ces arts,

Dont la clarté féconde enrichit nos remparts,

Si parmi nous, enfant, de ton ame innocente

Une haleine glacée éteint l’ardeur naissante? Etsiton père un jour cherche en vain dans ton cœur *

Ce généreux secret qui seul Le rend vainqueur ? Ab! crains de respirer cet air qui nous oppresse ; Fuis vers ton sol natal! Ô malheureuse Grèce! Tu souffres, mais tu vis du moins. [ci tout dort De ce sommeil pesant précurseur de la mort.

On dirait que la France en sa morne apathie Avec ta jeune ardeur n’a plus de sympathie :

Elle applaudit de loin aux droits que tu défends, Comme une antique aïeule aux jeux de ses enfans : Impassible témoin de ta brülante audace, Des nobles passions elle à perdu la trace; Elle en parle aujourd’hui, mais elle n’y croit plus. La Foi, la Liberté, ces mères des vertus, Qui respirent encore au sein de tes murailles, Chez elle ne sont plus que des mots éclatans, Des étendards levés au milieu des batailles Pour rallier les combattans.

Mais parmi ces soldats, ennemis sans colère, Engagés au hasard dans les deux camps rivaux, Mille croisent le fer pour gagner leur salaire,

Bien peu mourraient pour leurs drapeaux.

Ceux-là même déjà par degré s’affaiblissent ;

Les noirs pressentimens dans leur ame se glissent ; Leur nombre fatigué décroît, et chaque jour

L’inexorable mort les décime à son tour.

Nous punis-tu, Seigneur, de notre indifférence ?

[1 n’est plus qu’une seule, une noble espérance, Elle combat encor pour les Grecs malheureux ; Mais que dis-je ? peut-être elle expire avec eux ; Grand Dieu! sil était vrai !... Foi! Liberté! Patrie! Les Hellènes vaincus, votre cause est flétrie !

Dans quels lieux désormais vous chercher parmi nous? Quidonc,silssuccombaient,s’immolerait pour vous? Ah! ne trahissez pas leurs efforts magnanimes ;

De leurs revers hélas! vous seriez les victimes! Alors de nos dédains s’accroîtront vos SOUCIS ;

Et comme ces beautés des fabuleux récits,

Qui mouraient du regret de n’être point aimées,

On vous verra languir lentement consumées ;

Loin de ce monde ingrat vos pas iront chercher

Un désert, un abri qui vous puisse cacher; Peut-être quelques voix vous nommeront encore,

Mais vous ne serez plus qu’un bruit vague etsonore!

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Non, vous ne mourrez point; nos jours déshérités Vainement auront vu s’éteindre vos clartés.

À ce flambeau divin si la flamme est ravie,

Un souflle généreux peut lui rendre la vie.

Peut-être, jeune Grec, c’est le tien qu'il attend Pour briller de nouveau ! Peut-être en te quittant Ce penser en secret préoccupait ton père!

Défiant du succès, dans sa cause il espère :

Le présent est douteux ; il te confie à nous Comme le germe heureux d’un avenir plus doux : Vois d’un arbre lointain la semence féconde,

Sur d’autres bords, malgré la barrière de l’onde, Déposer les trésors dans son sein contenus,

Et son ombre étrangère, et ses fruits inconnus ! N’es-tu point réservé pour un pareil prodige, Précieux rejeton d’une héroïque tige,

Par de fidèles mains sur nos bords transplanté? Mais pour donner ces fruits, qu’attend la liberté, Tu dois croître à l'écart, t'élever en silence.

Oui, ceux à qui le sort confia ton enfance

De ce dépôt sacré connaîtront tout Le prix !

fs ne laisseront pas le nom de Canaris

L'ENFANT DE CANARIS. 261 Devenir le jouet d’un engoüment futile,

Ni l’habit étranger de leur noble pupille,

Et sa grâce touchante en sa naïveté,

Amuser des salons la vaine oisiveté!

Ab! qu'il ne quitte point les amis de son âge | Leur cœur n’a qu’un élan, leur bouche qu'unlangage; Et jamais leurs discours d’un voile d'intérêt

Ne cherchent à couvrir quelque dessein secret! Enfant, reste près d'eux. Leur riante jeunesse Egaîra de tes traits la précoce tristesse,

Autour de toi pressé, que ce peuple enfantin Essaie en se jouant ton langage lointain ;

Ou que des premiers faits inscrits dans ta mémoire ÂAttentif et tremblant il écoute l’histoire,

Et s'étonne à ces maux, de son âge ignorés.

Dis-lui les Grecs trahis, tes proches massacrés,

Le Pacha dans tes murs, Psara livrée aux flammes, Les prêtres, les vieillards, les enfans et les femmes Jonchant le sol fumant de leurs sanglans débris, Sous le fer des vainqueurs ; et devant Canaris Leurs navires chargés d’une livide proie

Fuyant sur cette mer où s’'engloutit leur joie !.….

Sur ces mobiles fronts, dans ces regards pensifs

Se peindra le reflet de tes récits naïfs.

Puisse dès ce moment leur jeune intelligence Épouser ta querelle, adopter ta vengeance,

Avec elles grandir, et couronner demain

Cette œuvre qu'aujourd'hui nous imploronsen vain: Espère, jeune Hellène! à ton pays unie

Tu verras quelque jour la France rajeunie

Se Lever tout entière à ta voix, et nos fils

Suivre au-delà des mers le fils de Canaris.

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Il se méfie du voisinage de l’homme, et cependant il se place toujours à la vue de son habitation et à la portée de son ouie. Il chante alors un drame inconnu qui a son exorde, son exposition, ses récits, ses événemens entremêlés, tantôt des sons de la joie la plus éclatante , tantôt de ressouvenirs amers et lamentables qu’il exprime par de longs soupirs.

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