‹ Poésies Par Madame Amable TastuChapitre 68 sur 77 · PRESS · texte numérisé non relu

PRESS

tn

SU Se me NÉS CEE

gr

Le jour fuit, la nuit tombe, et ses ombres glacées

ÂAjoutent leur tristesse à mes tristes pensées !

Pour moi, tout est besoin, souffrance, isolement ; Mon feu s'éteint, mon corps languit sans aliment; J’ai froid, j'ai faim. Pourtant du fond de mon asile J'entends le bruit joyeux des plaisirs de la ville. Dans ces jours de folie et de brillans loisirs,

Qui pourrait refuser à mes humbles désirs

Le pain qui soutiendrait ma débile existence ! Sortons, et des passans réclamons l’assistance : Que du moins leur secours m'empêche d’expirer,

Si je puis me résoudre hélas ! à limplorer!.…

Mon cœur bat, mes genoux fléchissent, etmabouche Craint dene pastrouverun accent qui les touche... Madame! ils passenttous.. Monsieur’. surleurchemin Vainement le malheur tend sa tremblante main : À la pitié leur ame est à jamais fermée,

Ou ma voix à prier est mal accoutumée ;

Hélas!

Quels doux concerts! quels sons pleins de gaîtél

Dans ces salons, où brille une vive clarté,

Retentissent ces airs, doux signal de la danse ; J'écoute en soupirant leur rapide cadence.

Charme de la jeunesse, accords jadis connus,

Beaux jours demesbeaux ans, qu’êtes-vous devenus ? Loin d’un monde orgueilleux, les fêtes du village,

Un rustique instrument et le bal sous l’ombrage,

Me donnaient des plaisirs qui valaient tous lessiens :

À ses loisirs pompeux je préférais les:miens.

O momens fugitifs de mon adolescence, Qu’embellissait la paix, l’espoir et l'innocence,

J'en atteste aujourd’hui votre doux souvenir,

Je ne demandais rien au douteux avenir,

Rien, que de me laisser sans regrets, sans envie,

Suivre le cours obscur d’une paisible vie!

Eh bien! fortune, amis, espoir, j'ai tout perdu.

Quand je réclame en vain le bonheur quim’est dû, Vous, favoris du sort, bercés par la mollesse,

Vous osez m'étaler cet éclat qui me blesse !

Je vis dans la douleur, vous vivez dans les jeux ; Pourquoi vous plus quemoi? pourquoi vousseuls heureux? Tandis qu'autour de vous tout respire la joie,

Que vos ombres, glissant sur ces rideaux de soie, Décèlent vos plaisirs, moi, je souffre et je meurs.

Ah! du moins, que mes cris, mes sinistres clameurs, S'élèvent jusqu’à vous et troublent votre ivresse. Frémissez à l'accent d’une voix vengeresse |

Puissentces gais concerts, ce doux bruit d’instrumens

Se transformer pour vous en sourds gémissemens !

Qu’au fond de ces miroirs, brillans de vos images,

La misère et la fm de leurs pâles visages

Sur vos fronts consternés épouvantent les ris! Puissent sur vous. enfin, peser de tout leur prix, Ces colliers, ces bandeaux, ces coûteuses parures, Dont le luxe odieux insulte à mes tortures.

Allez, soyez maudits!... Je m’égare..…. grand Dieu ! Qu'ai-je fait? qu’ai-je dit, hélas! et dans quel lieu ? Cet amer désespoir, ces criminelles plaintes,

D’un temple révérésouillaient lesmarches saintes!… J'essaie à me soumettre et je l’essaie en vain ;

En vain un froid mortelse glisse dans mon sein : Cette félicité, qui se cache à ma vue,

Je ne veux point mourir sans l'avoir entrevue! Pardonnez-moi, Seigneur! Je suis faible ; ma voix S’élève encor vers vous une dernière fois ;

Parlez, Dieu tout-puissant ! de ces biens de la vie, Me rendrez-vous ailleurs la part qui m'est ravie ?.… Ce bonheur fugitif, que j'espérai long-temps,

Je ne l'ai point goûté, Seigneur, et je l’attends'

ae

SGhakspeare.

ke A MADAME LOUISE SW.-BELLOC.

Fe

be »

Page 1