‹ Poésies Par Madame Amable TastuChapitre 72 sur 77 · FO MUR ME · texte numérisé non relu

FO MUR ME

SHAKSPEARE

Prend sans plainte importune Son lit comme il l’obtient, Comme il peut la fortune, Et le temps comme il vient.

LÉAR

Bien, mon enfant ; marchons, car ma tête affaiblie Craint de toucher ce point qui mène à la folie. Suis-moi, pauvre garçon, viens!

LE FOU

Si quelque beauté S'enrhume cette nuit, elle l'a mérité.

Un moment! je me sens en humeur de prédire.

Du prophète Merlin c’est l'esprit qui m'inspire ! Quand les prêtres étaleront Moins de savoir que de paroles; Quand les brasseurs n’échangeront Que de l’eau contre nos pistoles ; Quand les nobles dirigeront L'art du tailleur qui les habille ; Quand les arrêts contenteront L'intérêt de chaque famille ;

Quand Îles langues ne médiront

SHAKSPEARE

Que pour condamner le scandale; Quand les filous ne voleront

Que pour l'honneur de la morale ; Quand les usuriers gagneront Tout l'argent qu'ils destineront À de pieuses entreprises ;

Quand les courtisanes iront

A confesse, et n’édifiront

Que des couvens et des églises, On verra la confusion

Grande au royaume d'Albion ; Et pour mieux en désigner l’âge, Ces faits merveilleux adviendront Au temps où, pour suivre l'usage,

L me} | Les gens sur deux pieds marcheront :

Mais bientôt saisissant la baguette Magique,

Le poëte inspiré mêl

Dans une

e un chant fantastique

À ses mâles concerts.

nuit d'été, sur la plaine fleurie,

SHAKSPEARE

Comme un songe riant le peuple de féerie

Se joue au sein des airs.

Le laboureur dans son asile, Oublieux du temps qui s'enfuit, | Dort, heureux qu’un sommeil tranquille

L’empêche de compter minuit ;

C’est l'heure où le feu sous la cendre

brille et se ranime soudain ;

L'esprit follet, l’adroit Robin,

Sur le foyer vient de descendre.

La lune est voilée à demi ;

Le loup hurle dans les ténébres :

Des vieux cimetières ami,

Le hibou sur leurs murs funèbres

Gémit ; à peine dans les airs

Glissent ses notes fugitives,

Les ombres s'échappent plaintives

Du sein des tombeaux entr'ouverts :

Alors sur la grève des mers,

Dans les clairières du bois sombre,

Près des jones qui bordent sans nombre

SHAKSPEARE

La rive des étangs déserts,

Le peuple aérien des fées, Mystérieuses coryphées

Des chants magiques de la nuit, S’éveille et s’assemble sans bruit ; Leur danse, inconnue aux profanes, Dans ses rapides mouvemens Fait bientôt en plis diaphanes Flotter leurs légers vêtemens.

Le pâtre égaré dans la plaine, Dont l’œil fasciné se promène Sur ces brillantes visions,

Croit que des nuits la pâle reine A laissé tomber sur l’arène D'humides et tremblans rayons ; Et si quelque note lointaine

De leurs mystérieux concerts Lui parvient au souffle des airs , En vain son oreille incertaine coute ; elle entend seulement Des rossignols le doux ramage,

Le bruit du sonore feuillage,

SHAKSPEARE

Ou de la brise du rivage

Le monotone sifflement.

Le barde cependant sur l’humide prairie A surpris quelquefois la reine de féerie.

De sa langue inconnue il «+ compris les sons,

Et seul a recueilli ses magiques chansons.

Page 1