FO MUR ME
SHAKSPEARE
Prend sans plainte importune Son lit comme il l’obtient, Comme il peut la fortune, Et le temps comme il vient.
LÉAR
Bien, mon enfant ; marchons, car ma tête affaiblie Craint de toucher ce point qui mène à la folie. Suis-moi, pauvre garçon, viens!
LE FOU
Si quelque beauté S'enrhume cette nuit, elle l'a mérité.
Un moment! je me sens en humeur de prédire.
Du prophète Merlin c’est l'esprit qui m'inspire ! Quand les prêtres étaleront Moins de savoir que de paroles; Quand les brasseurs n’échangeront Que de l’eau contre nos pistoles ; Quand les nobles dirigeront L'art du tailleur qui les habille ; Quand les arrêts contenteront L'intérêt de chaque famille ;
Quand Îles langues ne médiront
SHAKSPEARE
Que pour condamner le scandale; Quand les filous ne voleront
Que pour l'honneur de la morale ; Quand les usuriers gagneront Tout l'argent qu'ils destineront À de pieuses entreprises ;
Quand les courtisanes iront
A confesse, et n’édifiront
Que des couvens et des églises, On verra la confusion
Grande au royaume d'Albion ; Et pour mieux en désigner l’âge, Ces faits merveilleux adviendront Au temps où, pour suivre l'usage,
L me} | Les gens sur deux pieds marcheront :
Mais bientôt saisissant la baguette Magique,
Le poëte inspiré mêl
Dans une
e un chant fantastique
À ses mâles concerts.
nuit d'été, sur la plaine fleurie,
SHAKSPEARE
Comme un songe riant le peuple de féerie
Se joue au sein des airs.
Le laboureur dans son asile, Oublieux du temps qui s'enfuit, | Dort, heureux qu’un sommeil tranquille
L’empêche de compter minuit ;
C’est l'heure où le feu sous la cendre
brille et se ranime soudain ;
L'esprit follet, l’adroit Robin,
Sur le foyer vient de descendre.
La lune est voilée à demi ;
Le loup hurle dans les ténébres :
Des vieux cimetières ami,
Le hibou sur leurs murs funèbres
Gémit ; à peine dans les airs
Glissent ses notes fugitives,
Les ombres s'échappent plaintives
Du sein des tombeaux entr'ouverts :
Alors sur la grève des mers,
Dans les clairières du bois sombre,
Près des jones qui bordent sans nombre
SHAKSPEARE
La rive des étangs déserts,
Le peuple aérien des fées, Mystérieuses coryphées
Des chants magiques de la nuit, S’éveille et s’assemble sans bruit ; Leur danse, inconnue aux profanes, Dans ses rapides mouvemens Fait bientôt en plis diaphanes Flotter leurs légers vêtemens.
Le pâtre égaré dans la plaine, Dont l’œil fasciné se promène Sur ces brillantes visions,
Croit que des nuits la pâle reine A laissé tomber sur l’arène D'humides et tremblans rayons ; Et si quelque note lointaine
De leurs mystérieux concerts Lui parvient au souffle des airs , En vain son oreille incertaine coute ; elle entend seulement Des rossignols le doux ramage,
Le bruit du sonore feuillage,
SHAKSPEARE
Ou de la brise du rivage
Le monotone sifflement.
Le barde cependant sur l’humide prairie A surpris quelquefois la reine de féerie.
De sa langue inconnue il «+ compris les sons,
Et seul a recueilli ses magiques chansons.