‹ Poésies Par Madame Amable TastuChapitre 71 sur 77 · HER · texte numérisé non relu

HER

312 SHAKSPEARE

Nos maux ne seront plus qu’un faible souvenir, Triste et doux entretien de nos jours à venir. JULIETTE.

Et moi j'ai dans le cœur un funeste présage ; Je ne sais quel prestige a päli ton visage :

Au pied de ce balcon, maintenant descendu, Tu me parais un mort dans sa tombe étendu !

ROMÉO

C'est ainsi, cher amour, que vous frappez ma vue : Le chagrin dévorant nous dessèche et nous tue ! Adieu, ma Juliette!

JULIETTE

Adieu, chère ame, adieu !

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Vous serez réunis, mais hélas ! dans quel lieu ! Non, je ne veux point voir sous ces voûtes funèbres La mort, à coups pressés, frapper dans les ténèbres, Et le remords tardif, au pied de vos tombeaux,

D'une funeste haine éteindre les flambeaux.

SHAKSPEARE

Mais soudain l'éclair brille ; à sa pale lumière, Une pluie orageuse inonde la bruyère; ; n Léar, à leur fureur, livre ses traits flétris,

Et de ses blancs cheveux jette aux vents les débris : Vieillard infortuné, faible roi, pauvre père,

Qui ne sait tes malheurs, qui n’a plaint ta misère ! Tu ne sens, dédaigneux des injures du ciel,

Que le trait enfoncé dans ton cœur paternel :

De tes enfans ingrats Le nom est sur ta bouche ; Ton Fou, le seul ami que ta fortune touche,

Jouet accoutumé de ta prospérité,

En vain à tes malheurs consacre sa gaité.

LÉAR

Soufllez, vents orageux ; mugis, sombre tempête ; Cataracte des cieux, que rien ne vous arrête ! Fleuves, sources, torrens, débordez à la fois, Inondez nos cités, engloutissez nos toits!

Et vous, feux sulfureux, plus prompts que la pensée, Frappez ces cheveux blancs, cette tête glacée, Pourvu qu’un même coup détruise avec éclat Ces principes féconds, germes de l’homme ingrat !

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SHAKSPEARE

LE FOU

O maître ! sans retard courons chercher un gîte ; Vers tes filles, crois-moi, retournons au plus vite; Dussions-nous les prier long-temps, j'aime encor mieux L'eau bénite de cour que l’eau froide des cieux ; Viens, ou pour tes enfans charge-moi d’un message : Cette nuit n’a pitié ni du fou ni du sage.

LÉAR

Grondez, noirs ouragans, redoublez vos efforts, De ma débile vie usez tous les ressorts!

Des célestes fléaux redoutables familles, Grêle, foudres, éclairs, vous n’êtes point mes filles, Je n’ai point entre vous partagé mes États, Et l'amour paternel ne vous fit point ingrats! Venez, je me soumets à vos fureurs sinistres! Mais non, de mes enfans vils et lâches ministres, De ces perfides cœurs vous servez les desseins ; Ah ! pourquoi leur prêter vos secours assassins Contre un faible vieillard, et du haut de la nue Assaillir sans pitié sa tête chauve et nue?

LE FOU

Pour la tête qui loge une ombre de raison,

SHAKSPEHARE.

Le meilleur couvre-chef est un toit de maison.

Il chante.

On me dit fou ; mais sur mon ame, Je voudrais bien qu’à mon choix on eût mis Un mauvais gîte et la plus belle femme ; Un fou courrait droit à la dame, Et moi je prendrais le logis.

LÉAR

Oui, Je veux désormais, quelque mal que j'endure, De ce cœur ulcéré contenir le murmure ; Oui, oui, je me tairai, j'en ai déjà trop dit. KENT entre.

Qui va là?

LE FOU

Vous voyez un grand près d’un pelit, Un sage près d’un fou. KENT au roi.

C’est vous, mon noble maître !

Mon œil qui vous cherchait a peine à vous connaître; La nature de l'homme en cette nuit d'horreur

Succombe à la souffrance ou cède à la terreur.

316 SHAKSPEARE

LÉAR

Eh ! que n'importe, à moi, ce tonnerre qui gronde, Ce vent âpre et glacé, cette eau qui nous inonde: De leurs coups redoublés ils m'accablent en vain, e enfermé dans mon sein.

Dans une telle nuit!.., Cruelle Gonérille !

Je ne sens que l’ora

Malgré le froid, la pluie! O Régane ! ô ma fille! Enfans pervers !.…. Chasser ce père infortuné ! Votre vieux père ! lui qui vous a tout donné ue, Paix, ma tête s’égare. Et toi, bruyant orage, Poursuis, je ne crains rien de ton aveugle rage! Les Dieux te sauront bien montrer leurs ennemis, Et chercher dans l’oubli les forfaits endormis. Cache-toi, main sanglante ; et vous, lèvres parjures, Tremblez ! Crime impuni, lave bien tes souillures : Scélérat, qui suivant de ténébreux chemins,

As dressé sous des fleurs tes piéges inhumains, Brise-toi de terreur ! Vous, inceste, adultère, Couvrez vos traits hideux des voiles du mystère ; Fuyez, dérobez-vous au courroux éternel,

Ou, forcés de répondre à ce terrible appel,

Essayez de fléchir sa pustice implacable Len

SHAKSPEARE

Mais, moi, je suis victime, hélas let non coupable! KENT.

Une cabane est là, Seigneur! Son toit léger Vous prêtera du moins un abri passager.

Moi, d’un logis voisin repoussé tout à l'heure, Je vais tenter encor cette avare demeure.

LEÉAR.

Oui, ma raison revient, Je vous connais... c’est toi, Mon pauvre Fou! j'ai froid, as-tu froid comme moi ? Mon corps s’est épuisé dans cette horrible lutte. Allons, conduisez-nous; où donc est cette hutte? Montrez-moi cette paille, ami, ce pauvre seuil Qu’aurait sans doute hier dédaigné mon orgueil, Tant la nécessité sous sa verge nous plie!

Pauvre Fou !.ne crois pas que ton maître t’oublie ; Viens, ce cœur insensible à des malheurs nouveaux Sait plaindre encor ta peine et souffrir de tes maux. LE FOU chantant.

Ici-bas le vrai sage De loin prévoit l'orage, Ou, paisible et content,

Le reçoit en chantant;

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