‹ Poésies parisiennesChapitre 2 sur 71 · LA FORTTNE DE LAZARE · texte numérisé non relu

LA FORTTNE DE LAZARE

Pauvres cœurs trop vite effrayés, Nus intérêts sont bien payés.

Dans les parcs aux sentiers frayés Par quelque brune chasseresse.

Nos intérêts sont bien payés Quand nous plaçons delà tendresse.

Nons avons de bons intendants, Le Caprice et la Fantaisie.

Toute pomme s'offre à nos dents.

Nous avons de bons intendants.

Ils ouvrent à nos vœux ardents La mine de la poésie.

Nous avons de bons intendants.

Le Caprice et la Fantaisie.

S'il connaissait notre bonheur, Rothschild jalouserait Lazare, Drapé dans son fantasque honneur.

S'il connaissait notre bonheur !

La Muse nous dit: « Monseigneur! »

Nous passons fiers comme Pizarre.

S'il connaissait notre bonheur, Rothschild jalouserait Lazare '.

Janvier Si

Il n'était plus, le temps des rêves sous les chênes, Des longs rêves bercés par les vagues de l'air ; Comme un spectre plaintif qui fait sonner ses chaînes, Dans les noirs carrefours se lamentait l'hiver. Il n'était plus, le temps des rêves sous les chênes.

Et pourtant nos regards s'égaraient, plus rêveurs, Près du foyer paisible aux souriantes flammes : Nos lèvres aspiraient de plus douces saveurs ; Un soleil inconnu pénétrait dans nos âmes ; Et nos regards unis s'égaraient plus rêveurs.

Le vieux jardin où tout nous appelait dans l'ombre, Le jardin qui te vit palpiter à mon bras Et tant de fois passer étincelante ou sombre, Nous attendait peut-être et nous pleurait tout bas, Le vieux jardin où tout nous appelait dans l'ombre.

Le regret est toujours le frère du bonheur. Parfois nous nous disions sous ces frimas moroses : « Hiver, tyran jaloux, implacable seigneur, Qu'as-tu fait de ces nids, qu'as-tu fait de ces roses ? » Le regret est toujours le frère du bonheur !

Mais les bois sont ouverts à tous comme un théâtre : L'écho nous y poursuit de son refrain moqueur, Pourquoi les regretter ? le meilleur nid c'est l'âtre, Et l'amour fait fleurir des roses dans le cœur. Les bois sont au profane ouverts comme un théâtre.

Comme ils sont doux et beaux ces chers intérieurs, Où l'artiste introduit une églogue animée ! On y peut s'isoler de tous les bruits railleurs Et n'écouter tous deux que la parole aimée Ils sont calmes et beaux ces chers intérieurs.

Soyez les bienvenus, morne Hiver, froid Décembre, Geôliers discrets, merci de nous emprisonner.

MIT D'illVEK 13

Dans l'étroit horizon d'une petite chambre

Les yeux qui se cherchaient semblent mieux rayonner!

Soyez les bienvenus, morne Hiver, froid Décembre !

Revenez à leur suite, ô songes fabuleux. Vous l'essaim familier des poétiques veilles, Avec qui l'on voyage au fond des pays bleus Où l'espoir a semé ses changeantes merveilles. Revenez à leur suite, ô songes fabuleux !

Il est doux de songer dans la nuit gémissante ; Au bruit des vents lointains il est doux de songer. De voguer en chantant vers la Cythère absente, De fuir en s'enlaçant sous un ciel étranger. Il est doux de songer dans la nuit gémissante.

Comme le rêve ailé vole vers l'avenir !

Comme il est emporté par la valse des heures !

Quels airs mélodieux chante le souvenir.

Des airs dont tu souris, dont quelquefois tu pleures...

Comme le rêve ailé vole vers l'avenir !

Tout est apaisement, harmonie et silence.

La voix ne parle plus : c'est comme un chant voilé.

Sur ton sein onduleux ta tète se balance

Avec les longs regards d'un archange exile.

Tout est apaisement, harmonie et silence.

Vois donc : autour de nous tout est mystérieux ; Un grillon amical nous fête dans les cendres ; Peut-être qu'un lutin furtif et curieux T'admire et te désigne aux vives salamandres. Vois donc : autour de nous tout est mystérieux

Dans ces cadres pâlis, les mortes langoureuses Semblent, en répandant leur sourire sur nous, Envoyer le bonsoir des grandes amoureuses A la pensive enfant que j'invoque à genoux. Vois dans ces cadres d'or les mortes langoureuses.

La lampe à ton front blanc jette plus de douceur ; Et, si quelque motif lent et mélancolique T'attire, je crois voir au piano, ma sœur, Se pencher près de toi l'âme de la Musique. La lampe à ton front blanc jette plus de douceur.

C'est l'instant de choisir un confident poète, Sainte-Beuve ou Musset, ces blessés frémissants. Dans l'assoupissement de la ville muette La lyre laisse mieux entendre ses accents ! C'est l'instant de choisir un confident poète.

C'est l'heure où tout s'oublie, où tout semble mourir Hormis l'être adoré dont nous frôle l'haleine.

Les yeux ont un éclair et le cœur un soupir Où passe l'infini dont notre âme est trop pleine. C'est l'heure où tout s'oublie, où tout semble mourir.

Nuits d'hiver, nuits d'hiver, sombres enchanteresses, Vous rapprochez les cœurs que Dieu fit pour s'unir, Vous avez le secret des intimes tendresses. Nous qui savons aimer, nous saurons vous bénir, Nuits d'hiver, nuits d'hiver, sombres enchanteresses !

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