‹ Poésies parisiennesChapitre 3 sur 71 · LE RETOUR DE M1GNONNETTE · texte numérisé non relu

LE RETOUR DE M1GNONNETTE

Le soleil rit sur la fenêtre,-

Et, rien qu'à vous voir apparaître, Les lilas fanés vont renaître.

Et lui, d'un doux chant coutumier, Il vous accueille le premier.

N'est-il pas votre cher ramier ?

Vous le savez, enchanteresse...

En vous fêtant, son allégresse

Vous a dit : « Bonjour, ma jeunesse ! »

L'amour, trop longtemps endetté, Vous doit au moins plus d'un été D'ardente et de folle gaîté.

Mais, dans votre ivresse certaine, Fuyez toute chose lointaine !

C'est l'avis du bon La Fontaine.

Cueillez la fraise sans souci ; Mais n'allez pas plus loin aussi Qu'Asnnre ou que Montmorency.

LK RETOUR DE MKINO.VNETTE 19

Adieu donc, ô mer orageuse.

Le nid vous garde, ô voyageuse !

Il se fait temps d'être amoureuse

A ARSENE HOUSSAYE

La mort aime les roses.

LUCIANA MAIUAM

Lorsque l'oubli nous voile une chère mémoire,

Béni soit le travail de l'artiste pieux !

Il entre aux profondeurs de la nuit la plus noire ;

Il en ramène au jour un type radieux,

Le sculpte avec ferveur dans le marbre ou l'ivoire.

Et la morte d'hier devient la sœur des Dieux.

22 MADEMOISELLE M.VRIAM

Ainsi, quand sur ton nom croissait l'herbe ignorée, Martyre de vingt ans, triste Mariani, Le poète nous rend et ta splendeur sacrée, Et tes regards profonds, miroirs de l'infini :

Et tu nous reparais encor transfigurée, Symbole d'un amour que le monde a banni !

C'est toi, Luciana ! c'est toi, Vénitienne,

Telle que tu passais dans les parcs allemands,

Lorsque l'illusion, cette musicienne,

Gazouillait dans ton sein ses airs les plus charmants,

Quand ta beauté de vierge et de patricienne

Illuminait le bal de ses rayonnements !

C'est toi, toujours étrange et toujours poétique, — Pauvre enfant dévouée aux baisers de la mort — Aujourd'hui la coquette et demain l'extatique, lîiant d'un madrigal et pleurant sur ton sort, 0 fille du Soleil et de l'Adriatique Dont l'âme frissonnait sous les neiges du Nord !

Dans ce vertige ailé d'une éternelle fête, Dans ces gais tourbillons de la danse et du jeu, Parfois, comme une brise après une tempête, Une prière errait sur tes lèvres en feu, Et jamais au balcon tu ne levais la tête Sans contempler le ciel et sans y chercher Dieu

Et tu les maudissais, cette vie insensée, Ces jours par le plaisir l'un à l'autre liés ; Vers de calmes Edens s'envolait ta pensée Loin des bruyants raouts, des galants cavaliers. Tu te rêvais dans l'ombre heureuse fiancée, Comme une violette au détour des halliers !

Parmi ces beaux joueurs de tendres comédies, Aucun De t'avait prise à son piège obsesseur, Tes accents étaient purs comme des mélodies ; Tu marchais simplement dans ta aère douceur. Et ton ange gardien, dans les nuits attiédie.-. Berçait ton sommeil chaste et te disait : « Ma sœur

Un soir, il t' apparut, le dompteur de ton âme ;

LVs parfums enivrants dans un air embaumé

Glissaient ; les rossignols chantaient au loin leur gamme '.

Ton dédain virginal se sentit désarmé ;

Une ardente langueur mouilla tes yeux de flamme.. .

— Quand il revint à Bade, Horace était aimé ! — ■

Pauvre Luciana, perle de l'Italie.

Ce n'était pas l'amour de ton ciel enchanté.

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