UNE PARISIENNE I)!-: WATTEAU
Autour de vous, pour ranimer Tous ces enchantements posthumes ?
Est-il, depuis son froid déclin, Couché pour jamais dans la prose Ce siècle en habit zinzolin, Cet âge bleu, jonquille et rose ?
Et n'est-ce qu'un déguisement De mon humeur magicienne Qui vous rapproche en ce moment Des déesses de Lucienne ?
Xon ! car je vous vois devant nous, En dépit des goûts prosaïques, Unir comme en un rendez-vous Toutes les modes archaïques.
Ça donc, petits abbés galants, Griffons, sapajous et perruches, Auprès des onduleux volants Où descend le flot blanc des ruches ;
Ces volants en point d'Alençon
Où, comme aux paniers des douairières,
Se suspend le traître enfançon
Dont les flèches sont meurtrières.
l.NE PARISIENNE DE WATTEAU 91
Autour de ce corps assoupli Par une cambrure engageante.
Le regard se plaît au long pli Qui suit la ceinture régente.
Et l'on aime à voir sur ce front
Qu'un fardeau trop lourd blesse et choque.
S'élancer comme un geste prompt
Le plumet taquin de la toque.
Vous agitez entre vos doigts Madame, une badine exquise.
Que le doux Lancret autrefois Eût" conseillée à Cydalise;
Et Boucher qui mène aux déserts L'es'saim coquet des inhumaines Dans vos poses et dans vos airs A reconnu ses Dorimènes !
Les Tircis ne vous manquent pas, Et l'amour que Midas achète Vous fournit à chaque repas Des madrigaux à la brochette.
Hors les mouches, rien n'est changé !
Autre temps, mêmes aventures !
UNE PARISIE.NEE DE WATTEU"
Sous vos traits, ô marquise, j'ai Revu les belles des peintures ;
Et, saisi d'un charme nouveau, J'invite en parfait mousquetaire, Une fille du grand Watteau A l'embarquement pour Cythère.
A l'.VUL ROGER- COLLARD
Elle a plus de trente ans... elle a vingt ans, te dis-je. Je ne t'explique pas ce ravissant prodige ; Heureux de l'admirer, je ne veux pas savoir Si la fleur qui m'embaume est une fleur du soir, Et je laisse un savant dédaigneux et morose Demander son extrait de naissance à la rose ; Noyé dans ses parfums, enivré de couleurs, Je tiens mon âme close aux soucis querelleurs. Et je sens librement s'élargir ma poitrine Dans l'admiration de sa forme divine.
Cette reine des bals à l'air si triomphant A le regard profond et tendre d'une enfant.
Un souffle virginal traverse son essence.
Son corps se développe avec adolescence,
Libre et s'assouplissant au rhythme de ses pas,
Ainsi qu'une liane, orgueil des verts pampas.
Sa marche fait penser à ces jeunes créoles
Au front superbe et doux encadré d'auréoles.
Légère, cette main porte un sceptre léger.
Ses pieds coquets sont nés d'hier pour voltiger,
Et défiraient sans crainte aux tournois de la danse,
Les filles de seize ans ivres d'indépendance ;
Ses yeux où la langueur attendrit la fierté.
Ont l'éclat transparent des belles nuits d*été,
Où le chaste rayon de l'étoile splendide
Fait l'ombre lumineuse et rend la nuit candide ;
Et quand, plus fiers, ils font briller leur noir fanal,
C'est le limpide éclat du soleil matinal
Qui baigne tendrement la terre reposée
Et mêle des pleurs d'or aux pleurs de la rosée.
La fauvette qui chante au silence des bois,
Jalouse la douceur et le frais de sa voix.
Tous les enfants gâtés s'éprendraient de sa moue ;
La pèche porte envie au duvet de sa joue,
Et sa lèvre où le rire est si franc et si gai
Rougit plus franchement que la cerise en mai.
Tout annonce l'aurore et le printemps en elle. Elle prête à la mode une gàee nouvelle, Et ferait applaudir aux dandys féminins
Les fontanges d'autan, les gothiques hennins; Car tout se rajeunit autour de cette fée : Et quand elle apparaît, de diamants coiffée, Flamboyante au milieu des salons éclatants, Auprès d'elle on ne voit que vieilles de vingt ans, Et devant cette infante aux splendeurs printanières Filles à marier se changent en douairières !
Si vous la connaissiez, rien n'est plus enfantin Que son naïf mépris du vulgaire destin. Elle eût, comme la reine h Trianon chérie, Dans le siècle des clubs rêvé la bergerie, Et de cette Antoinette héritant le doux nom Où nous trouvons la Bièvre inventé le Lignon !
Dans son enthousiasme et dans son allégresse Elle est tautôt l'enfance et tantôt la jeunesse. Ses orgueilleux trente ans l'embellissent encor, Mais j'y suis incrédule, et, môme enThermidor, Je crois à Floréal, et mon rêve s'obstine, Devant l'étrange accord d'une verve mutine, D'une distinction dont s'enchantent les cours, D'un esprit qui s'égaie en nonchalants discours, D'une sérénité que dérange un caprice; D'une grâce à la fois naïve et séductrice, D'un poétique feu qu'éteindraient les barbons. Jamais on n'aima plus les vers et les bonbons.
Ainsi, croyez-le bien, un valseur plein de zèle Pourrait lui dire encor font bas : « Mademoiselle; » Et, malgré sa trentaine aux charmes irritants, Malgré sa beauté même, elle n'a que vingt ans !
Juin GO.