‹ Poésies parisiennesChapitre 24 sur 71 · A PHILOXÈNE BOYER · texte numérisé non relu

A PHILOXÈNE BOYER

Fils de Synésius et frère d'Hypathie, Extatique orateur à l'oeil toujours eu feu, Comme l'illuminée ou comme la pythie, Dis... Ne luttes-tu pas sous l'étreinte d'un Dieu ?

Quand ta parole jette à nos cœurs le vertige Comme l'aspect d'un gouffre au détour d'un vallon, Sens-tu s'abattre en toi par un soudain prodige Ou l'aigle de Pathmos ou l'antique Apollon ?

Ah ! s'il peut évoquer ou Manfred ou Shakspeare,

C'est qu'il est un enfant de Will et de Byron :

C'est que la Poésie à sa pensée inspire

Des vers doux comme un luth ou fiers comme un clairon.

100 , A PHILOXÈN'E BOYER

Poète épris du vrai, poète amant du juste,

Les grands deuils sur ta lyre ont toujours un écho.

Chantre religieux de la souffrance auguste,

Tu consolas Molière et tu plaignis Sapho !

Dans le marbre idéal des rhythmes tu cisèles Toute une apothéose incessante du beau ; Car tes vers sont pareils aux bouquets d'immortelles Et ta muse est toujours l'archange du tombeau.

C'est la jeunesse réaliste. Ce qui la caractérise nettement, c'est une haine natire des musées et des bibliothèques. Cependant elle a des classiques, particulièrement Henri Murger et Alfred de Musset. Elle ignore avec quelle amère gausserie Murger parlait de la Bohême ; et quant à l'autre, ce n'est pas da? s ses nobles altitudes qu'elle s'appliquera a l'imiter, mais dans ses crises de fatuité, dans ses fanfaronnades de paresse.

Charles Baudelaire.

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