‹ Poésies parisiennesChapitre 26 sur 71 · A THEOPHILE GAUTIER · texte numérisé non relu

A THEOPHILE GAUTIER

Quelle Ondine, au ciel des féeries, Fut ta marraine, ô ciseleur !

Qui dans tous tes rhythmes maries Le son, la forme et la couleur?

Pour ces odes impérissables Dont mon jeune cœur s'est épris, Par des secrets insaisissables, O magicien, qu'as-tu pris?

Les doux prestiges de Morgane, Les nielles de Cellini,

Les tissus de la filigrane, Le velours du pré rajeuni?

La nacre des perles, le tulle Qui tapisse les sentiers nus, Le marbre neigeux où Catulle Cherchait l'invisible Vénus ?

Les blancs réseaux des stalactites, Les houppes fines des lilas, La dentelle des clématites, Frange odorante des villas ?

Pour mettre dans ta poésie Ces tons vifs, ces chaudes couleurs, Flamboîments d'un soleil d'Asie, Qui ne souffrent point de pâleurs ;

As-tu pris les cheveux des astres, Les feux ondoyants des cristaux, Les reflets que jettent les piastres Aux grottes des Monte-Christos?

Le chatoiment des stalagmites Au fond des antres ténébreux,

L'éclair magique où les termites Fondent leurs élans amoureux?

Les fauves rayons des halones Et des comètes au flanc roux, Et la pourpre des mimalones Flottant dans l'orgie en courroux ?

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