A LOUIS UL13ACH
Votre amour, ô mes frères d'armes, Fut baptisé de Cbambertin Au temps des appas et des charmes, Et je le crois, malgré ses larmes, In franc libertin.
Jadis, grand coureur de ruelles, Marquis badin, galant abbé, 11 eût, sans trouver de cruelles, Croqué sur les genoux des belles Le fruit dérobé.
Aujourd'hui, pour suivre la mode, Pour plaire au vulgaire appétit, Le bon ton n'était plus commode...
Notre Petit-Poucet de l'ode S'est fait plus petit.
Cet amour de miniature, Qui prend les airs d'un Meissonnier, N'est rien que la caricature De sa passagère peinture Du siècle dernier.
Faublas sans rougeur à la joue.
Bien moins coquet et plus coquin, Grand seigneur déchu dans la boue, C'est un plaisant qu'on désavoue, Un grêle faquin.
Les fleurs qu'il offre à ses Armides, Sans parfum pour notre odorat,
Ont-elles les senteurs rapides Des pauvres roses insipides Qu'effeuillait Dorât?
Non ! ce n'est plus le mousquetaire Toujours vainqueur soir et matin.
S'il croit s'embarquer pour Cythère Son esquif aborde et prend terre Au quartier latin.
Des charmantes aventureus - Le drôle ne sait plus le nom.
Ses Iris ce sont des coureuses.
Adieu, les belles amoureuses, Ninette et Ninon !
11 cherche dans les closeries Celles que fêteront ses vers.
Il les demande aux brasseries, A toutes les léproseries De tout l'univers.
(,)u'il jette la pourpre et la soi Sur ces manne juins d'hôpital
Et que tout son art s'y déploie, C'est toujours la fille de joie Sur un piédestal.
Toujours le plaisir qu'on achète, Qu'on loue ainsi qu'un domino ; Voluptés roulant en cachette ; Boudoirs ; fins soupers chez Vachette ; Bals au Casino !
Banals refrains sur un seul thème, Voilà tous nos poètereaux !
Où sont-ils les vers où l'on aime Avec l'élancement suprême Qui fait les héros ?
Où sont les strophes éplorées Où, comme un fleuve qui versait Son onde aux plaines altérées, S'épanchait en larmes sacrées Le cœur de Musset?
Où donc Elvire ? Où donc Marie ?
Où Valentine ? Où doua Sol ?
AVX PETITj POETES
Sommes-nous la même patrie D'où l'amoureuse rêverie Déployait son vol ?
Quel grand cœur pris de frénésie Au nom de l'art, au nom de Dieu, Daus une sainte jalousie Fera sortir la poésie
De ce mauvais lieu I
En vain pour nous donner le change, Ainsi que Macette au sermon, Ces rimeurs barbouillés de fange Cachent sous les ailes de l'ange La peau du démon.
Pour s'insinuer chez les prudes Et pour s'y rendre intéressants, Par d'enfantines attitudes, Ils déguisent leurs turpitudes En jeux innocents.
Ils chantent si bien les charmilles Les lustres, les nids, les galons,
Les chapelets et les résilles, Qu'ils sont bien venus des familles, Chéris des salons.
Q'importe ! fière et résignée, La muse saura dire un jour, Comme une Euménide indignée, A leur volupté dédaignée :
« Tu n'es pas l'amour ! »
Fermez votre officine fade, Eoués au cynisme mesquin, Tantôt mignard, tantôt maussade, Qui d'une main cherchez de Sade, De l'autre Berquin !
Et qu'au retour de mes prophètes, Qu'au réveil des luths généreux, Vos guitares restent muettes, 0 faux jeunes gens, faux poètes, Et faux amoureux !
JS'ovemtre 60.
EMAUX ET CAMEES