‹ Poésies parisiennesChapitre 4 sur 71 · M ^DEMOISELLE MAKIANI · texte numérisé non relu

M ^DEMOISELLE MAKIANI

L'amour voilé d'extase et de mélancolie ; Le vol aventureux de ton aile affaiblie T'emportait au-dessus de la réalité.

Il te fallait, à toi, l'ardeur qui s'éternise, La sainte passion des héros exilés; Sous les coupoles d'or de ta chère Venise , Cet amour envié du ciel, qui divinise Deux cœurs dans une ivresse ineffable mêlés!

Ce poète inconnu, comme il t'aurait aimée ! Comme il eût prodigué les fleurs sur ton chemin ! Tu vivrais dans ses bras, 6 pauvre inanimée : Il suspendrait sa vie à ta lèvre enflammée, Son âme sur ta bouche et sa main dans ta main !

Eperdus, enivrés, sans dire une parole, Vous vous contempleriez, ô beaux silencieux ! Ilnoiraitses regards dans tes regards d'idole, Tandis que sur les eaux glisserait la gondole. . . Et de vagues chansons flotteraient dans les cieux !

Non, ce n'est pas l'amour langoureux et mystique, Cet amour de Paris, séducteur élégant, Qui, né dans une valse au son de la musique, Brise nonchalamment un cœur mélancolique Dont il rira demain au boulevard de Gand !

Horace, elle t'aimait... Pourquoi l'as-tu souillée, Cette rose de mai, qui s'ouvrait au bonheur. Dans son calice ému doucement repliée ? Pourquoi Luciana s'est-elle réveillée, La fièvre dans les sens et pleurant son honneur?

0 bal de l'Opéra, qui dans tes bacchanales

Egara les parfums de ce lys transplanté !

Comment avez-vous vu, courtisanes banales,

Dons Juans de contrebande et chasseurs de scandales,

Passer cette innocence et cette pureté !

Pourtant elle t'aimait, cette amante blessée, Elle t'aimait, Horace ! et tu pus croire un jour. Oubliant sans remords la tendre délaissée. Qu'on marche impunément à l'orgie insensée, Quand on porte à son front un baptême d'amour !

Dans les mornes taillis, parfois la tourterelle.

Quand son ramier sanglant palpite devant elle.

Lui chante ses adieux dans un dernier soupir.

Et, languissante, aux traits des archers vient s'offrir

Ainsi Luciana pleura sur l'infidèle.

Et, n'étant plus aimée, elle voulut mourir !

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Mais l'enfant du Midi, la flère créature Sentit se révolter son amour frémissant. Une voix lui disait de venger sa torture Et, devant son bourreau hagard et gémissant, Déporter à son cœur la suprême blessure Pour laisser à l'ingrat la marque de son sang.

C'est un salon banal, hanté du demi-monde. Près de la brune Alcine ou de la Circé blonde, Le gentilhomme oisif et l'aigrefin honni Autour des lansquenets sans pudeur se coudoient. Une femme iuconnue et dont les yeux flamboient Cause à l'écart — hélas ! c'est toi, Mariani !

Quant Horace la vit au. milieu de l'orgie,

Il sentit défaillir toute son énergie.

Elle lui dit adieu, le poignard dans le cœur.

Il demandait pardon à sa chère divine.

Elle lui découvrit le sang de sa poitrine ,

Puis elle tomba morte aux pieds de son vainqueur.

Mais, dans un dernier cri de l'âme fugitive,

Elle avait au cruel dit : « Tu me reverras ! »

Et quand minuit sonnait, heure triste et craintive,

Horace tressaillait au doux bruit de ses pas;

Il la voyait entrer, toujours belle et plaintive ;

Et, fou de repentir, il lui tendait les bras.

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Oui c'était elle encor, la morte idolâtrée ;

Son regard magnétique et clair comme un flambeau

Torturait lentement cette ùme déchirée.

Chaque nuit arrachait à ce cœur un lambeau,

Il suppliait en vain l'Euménide adorée...

Elle ne le quitta qu'au seuil de son tombeau !

0 poète, merci pour ces apothéoses De la Beauté divine et de la Passion ! Harmonieux amant des marbres et des roses. Heureux qui t'a suivi dans ton ascension !

Près de Graziella, de Mignon, d*Ophélie Rayonne l'idéal de ta Luciana; Et, fidèle à ce Dieu que la jeunesse oublie, Tu chantes à l'Amour un suprême hosanna !

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