‹ Poésies parisiennesChapitre 42 sur 71 · COMPLAINTE D UN LUTIN FAMILIER · texte numérisé non relu

COMPLAINTE D UN LUTIN FAMILIER

Tu t'es engloutie avec ta tendresse, 0 noble jeunesse, Sous le flot dormant.

Moi je reste seul et mélancolique, Comme une relique D'un monde charmant.

A LAURE.NT-l'ICHAT

Ce qui m'emplit le cœur de la plus sainte haine

C'est de voir des vieillards, passé la soixantaine,

Usurper les désirs des jeunes damerets,

De ci, de là courir encor la prétentaine,

Et lâches oiseleurs tendre partout leurs rets.

Que nous, hier enfants, échappés de collège,

Nous nous laissions voler nos cœurs et prendre au piège

De quelque brédaline aux brillants oripeaux,

Ce genre de sottise est notre privilège ;

Et c'est être moins fou que de l'être à propos.

Mais qu'un de ces vieillards à la blancheur sacrée, Qui, le front couronné de sagesse inspirée, Devraient parmi nos rangs passer comme des Dieux, S'affole d'une belle au hasard rencontrée, C'est pis que ridicule, hélas ! c'est odieux.

Au bois, au boulevard, quelle risible bande : 0 Lauzuns attardés, Rollas de contrebande, 0 Dons Juans de regain et d'arrière saison, Vous allez, emportés dans une sarabande, Dont le ménétrier se nomme Déraison !

Encore un vieux soldat à la vaillante épée Qui palpite aux genoux d'une sotte poupée Et bégaie : « Je t'aime ! » On oublirait vraiment Que ce Cassandre fut l'Hector d'une épopée. Lassé d'être héros, il se grime en amant !

Les plaisants amoureux ! des galants qu'on n'avoue Que pour les mobiliers où leur faste se joue, Qui, dupes de regards en secret dédaigneux, Vont parer et dorer une idole de boue, Crédules acheteurs de baisers besogneux.

0 Dandin de l'amour, tu te peins, tu te fardes, Et poussif sous un frac étroit tu te hasardes Dans un boudoir hanté par le vice impuni, Lorsque tu ne vas pas épier aux mansardes Les vierges de seize ans dans leur scmmeil béni.

C'est ici que le rire a peur de ta démence ;

La sottise s'arrête et le crime commence.

Que vous ont-ils donc fait, ù chasseurs de plaisir,

Ces pauvres petits cœurs qui chantent la romance

Du rêve printanier et du vogue désir?

Que vous ont-ils donc fait pour troubler leurs pensées, Déployer la misère à ces âmes lassées,

Acheter à prix d'or leurs enfantins aveux,

Et pour les rejeter à jamais fiancées

Au monstre inassouvi, Débauche aux flancs nerveux?

Pourquoi sur ces fronts purs le stygmate du vice? Pourquoi ce fleuve noir où, dans l'ombre, se glisse Une enfant? ô printemps, dis-moi pourquoi tu meurs ! Pourquoi ? L'or est le maître, et maître le caprice Des roués impuissants qui veulent des primeurs.

Et ce sont ces vieillards aux viles fantaisies, Qui de tous leurs dédains et de leurs jalousies Flétrissent la jeunesse à l'héroïque essor, Et l'osent accuser dans leurs hypocrisies D'idolâtrer Marco sur l'autel du Veau d'or !

O squelettes vivants dont aucun ne se lasse D'insulter la pudeur qui lui demande grâce, Nous cherchons la tendresse, et vous la volupté.

LES BAISEliS DE GÉRONTE 157

Courbez-vous donc devant ceux qui prennent leur place Aux soleils de l'amour et de la liberté"?

Vieux drôles, saluez la jeunesse qui passe !

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