REMORDS DANS L AVENIR
Je ne vivrai pas pur et je hais la matière, Étant de toute chair aussitôt dégoûté, Réjoui seulement par la pure lumière De l'éternel amour, vierge et sans volupté
La mer cache en ses flots bien des barques coulées, Que de gais matelots lancèrent au matin, Et dans les profondeurs de ses nuits étoilées Le ciel noir cache aussi plus d'un soleil éteint.
Mais les grands cœurs humains, plus troublés que les ondes, Ces cœurs aujourd'hui froids, et jadis embrasés, Qui donc pourra compter sous leurs douleurs profondes Tous les amours éteints et les espoirs brisés?
Lorsqu'aux matins d'été palissent les étoiles, Que la mer au soleil roule ses flots si beaux, Qui se souvient, devant l'horizon blanc de voiles, Que le ciel et la mer sont deux vastes tombeaux?
Mais les cœurs, plus émus que les mers les plus fortes, Ces cœurs plus étoiles et plus noirs que les nuits, Qui donc rendra la flamme à leurs étoiles mortes, Qui donc rendra la vie à leurs espoirs détruits?
Mon amie est trop jeune et ne sait pas ces choses, Quand elle met sa main dans ma main, chaque soir. Je lui porte un bouquet, roses blanches ou roses, Sous son souffle je viens lui parler et m'asseoir.
Nous regardons la mer tendre vers les étoiles La coupe de ses flots écumeux et grondeurs, Mon amie est songeuse et prend pitié des voiles Dont la lanterne tremble aux noires profondeurs.
Mon amie est savante, et parfois elle nomme Par son nom chaque étoile en marche dans la nuit : Elle sait tout des cieux et ne sait rien de l'homme. Elle ne connaît pas le doute ni l'ennui.
Oh! reste ainsi toujours sans comprendre les âmes, Les yeux ouverts sans pleurs sur l'immense horizon ; Que les astres divins éclairent de leurs flammes, Sans les brûler jamais, ton cœur et ta raison !