APRÈS UNE LECTURE
Vous disiez : « D'où vous vient cette amertume immense.
Cet incurable ennui qui vous jette à genoux,
Et pourquoi ce dégoût de vivre, qui commence
A prendre les meilleurs et les plus purs de vous ? »
Moi, je vous répondis: « Nous voulons trop du monde, Et ce monde épuisé ne peut donner assez Pour remplir jusqu'au bord notre âme trop profonde, Car nous portons en nous tous les siècles passés.
« Tous les rêves anciens qu'ont caressés les hommes, Tous les pleurs amassés depuis quatre mille ans Nous ontfaitsles rêveurs malades que nous sommes, Et nous sommes très vieux et nos bras sont tremblants.
Vous m'avez regardé sans presque me comprendre, Et, triste, je sentais que jj parlais bien mal. Jamais pourtant, jamais je n'eus l'âme plus tendre : A mes lèvres montait tout mon cher Idéal.
Comme vous aviez froid, nous revenions plus vite La lune découpait au ciel clair son croissant; Le village était noir comme un pays qu'on quitte; Quelques corbeaux passaient au ciel en croassant.
AU EORD DE La
C'était un soir parmi nos dernières soirées, Et quand vous m'avez dit sur le seuil: « à demain. » Vos mains sont dans mes mains plus longtemps demeurées. — O Sullv, sois béni pour ton beau livre humain ! —