HEURES DE REGRET
Je vous disais au temps où nous allions ensemble Voir le soleil d'été se coucher sur les flots :
— « Lorsque vous souriez, votre tète ressemble Aux têtes que Vinci peignait dans ses tableaux.
« Ce grand sorcier iaissait aux lèvres de ses femmes Voltiger ce souris cruel et gracieux, Long souris qui dévoile et qui cache leurs âmes. Et raille tristement la douceur de leurs yeux. »
Tel je parlais. Ces temps sont loin, tête chérie, —
— Et comme un enfant cueille et jette de côté Une brancne encor tout embaumée et fleurie, J'ai désappris l'amour de ma pure Beauté.
Hier, en respirant l'odeur des violettes
Qu'une petite fille exposait en plein vent,
Je me suis rappelé vos anciennes toilettes,
— Et ce parfum m'entra dans le cœur trop avant.
Me pardonnerez-vous, enfant noble et pudique, Si vous lisez ces vers, d'avoir parlé de vous, Et mon âme à la fois sensuelle et mystique X'effraiera-t-elle pas votre cœur pur et doux?
Me pardonnerez-vous lorsque ce cœur plus tendre Aura senti la vie et se souviendra mieux? — Ne m'aimerez-vous pas quand vous pourrez comprendre Pourquoi je n'étais plus ni simple ni pieux?
Dans la voiture qui m'emporte A travers la pluie et la nuit Toute une lamentable escorte De tendres souvenirs me suit,
O ma plus délicate amante, Abandonnant tes longs cheveux Au souffle amer de la tourmente, Parle, et dis-moi ce que tu veux.