‹ PoésiesChapitre 45 sur 85 · E M O R D S DANS L INNOCENCE · texte numérisé non relu

E M O R D S DANS L INNOCENCE

« J'ai bien des frères inconnus Sur cette terre où tous pâtissent, Les sanglots de leur cœur venus Au fond de mon cœur retentissent.

« Je songe aux hommes qui sont pleins D'une lassitude infinie, Ht qu'aucun être humain n'a plaints Dans leur plus sanglante agonie.

o Lorsqu'on a pour se rassurer Une étreinte amicale et pure, Il est presque doux de pleurer.

N'être pas plaint! c'est la torture.

« Qu'ils sont chers et délicieux, Les chagrins que ta bouche apaise Sous ses baisers silencieux!...

Songe aux lèvres que nul ne baise.

« Songe aux condamnés qui n'ont rien Sur le bord du sinistre abime, Qu'un malheureux prêtre chrétien Qui leur parle encor de leur crime.

« Ah! le souvenir de ces morts Dont le désespoir fit sa proie, Est comme un ténébreux remords Qui m'empoisonne dans ma joie. >j

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1 our toi j'ai des pardons aux douceurs infinies, Mais je hais cette ville où deux ans tu flétris Ton corps de jeune femme en folles insomnies, En coupables baisers vendus. Je hais Paris.

Un soir que le ciel pur resplendira d'étoiles Et que juin parfumé fleurira les chemins, Comme un marin joyeux aux brises tend ses voiles, fuirons par les bois où je prendrai tes mains.

Par les bois, où notre âme en son rêve isolée, Sous la lune, oubliera son éternel ennui, Et, choisissant l'abri de la plus sombre ail Xous nous embrasserons sans parler, dans la nuit.

LES "BOUQUETS T)ES <PiAUV%ES'

^i 'Paul d'Estournelles.

Les petites filles des rues Qui vivent en vendant des fleurs, Me sont bien souvent apparues Comme un symbole de douleurs.

Dans leur pauvreté poétique, Ces messagères du printemps Drapent d'un haillon fantastique Leurs maigres membres grelottants.

Et leurs petites mains frileuses Composent pourtant les bouquets Dont se parent nos amoureuses Pour les bals légers et coquets.

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