‹ PoésiesChapitre 48 sur 85 · LE SOMMEIL SI^CÈ^E · texte numérisé non relu

LE SOMMEIL SI^CÈ^E

Our le grand lit drapé de rideaux de dentelle Qu'une pale veilleuse éclairait à demi, Je m'assis en silence, et, m'accoudant près d'elle, Longtemps je contemplai son visage endormi.

Est-il des cœurs si faux que leur sommeil nous mente? — Qui croire alors? — Penché sur elle et sans parler, Je regardais dormir cette tête charmante Qu'un rêve malfaisant semblait parfois troubler.

Elle, l'enfant moqueuse et la gaité des fêtes,

Qui vivait comme on chante, un éclair dans les yeux,

Quel flot mal contenu de douleurs inquiètes

Du fond de son sommeil battait son front joyeux?

Elle, la folle aimée, et dont la seule envie Était de s'enivrer de rire et de plaisir, Et de boire le vin pétillant de sa vie, Quel frisson singulier venait de la saisir?

Endormie, elle était toute semblable aux vierges Que les peintres pieux prosternaient autrefois Au milieu des encens, des anges et des cierges, Aux pieds d'un Cbrist sanglant et cloué sur sa croix.

Et la pâle veilleuse éclairait cette femme; La ville se taisait autour de son repos, Et son souffle inégal était comme son âme, Fébrile, interrompu par de fréquents sanglots.

Longtemps, à chaque éclat de sa gaité menteuse, Quand elle jettera ses deux bras à mon cou, Tour à tour familière et tour à tour boudeuse, Je penserai qu'elle a le cœur je ne sais où.

Je ne sais où — parmi le pays de ses songes! Là seulement fleurit son étrange Idéal, Là tout en elle est triste et libre des mensonges Dont elle s'est masquée en entrant dans le mal.

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