‹ Poésies posthumes, 1874-1876Chapitre 15 sur 55 · A VICTOR HUGO · texte numérisé non relu

A VICTOR HUGO

W poète géant ! toi dont le vers sonore Est tantôt un soufflet et tantôt un baiser ; Soleil, à ton coucher aussi brillant encore Qu'autrefois quand tu vins, superbe à ton aurore, Dans le ciel bleu de l'Art fièrement te poser!

Déjà plus d'un poète a célébré ta gloire,

O grand homme ! avant moi bien d'autres ont chanté

Ta vie, un long exil, une longue victoire,

Et ton nom qui déjà resplendit dans l'histoire,

Etonnant de grandeur, sublime de clarté !

* Pièce inachevée.

Comme on aime à te suivre aux lointaines contrées

Où tout dans la nature est joyeux et riant ;

A te voir, au pays des visions dorées,

Dans la pourpre et la nacre aux teintes diaprées,

Colorant tes pensers des feux de l'Orient !

Comme on aime àt'entendre, en vers doux et sublimes. Rappeler tristement tous les crimes des flots, Reprocher à la mer ses nombreuses victimes, Et d'avoir englouti dans les profonds abîmes Tant de frêles esquifs, tant de forts matelots ;

Redire, en des accents de douleur infinie, L'héroïque revers de nos vieux vétérans; Sur le front des méchants sceller l'ignominie, Rendre hommage au malheur, rendre gloire au génie, Et de ton fouet vengeur flageller les tyrans;

Dérouler sous nos yeux la légende poudreuse Des siècles lentement l'un sur l'autre écroulés, Chanter des paladins la vie aventureuse, Des chevaliers errants la race généreuse, Qui défendait le faible et les droits violés!

Ta gloire, cette flamme à la lueur altière, Eblouit mon regard, ô grand triomphateur! Et l'effroi du respect fait cligner ma paupière, Lorsque ton nom magique, éclatant de lumière, « Se dresse dans mon vers de toute sa hauteur!

SONNET

ri ier,

quand je vous ai quittée, Dans un coin, Jeanne, vous pleuriez; La larme à l'œil vous soupiriez, En faisant la persécutée.

Hélas ! triste et désappointée Pour des espoirs contrariés, Est-ce que déjà vous seriez De l'existence dégoûtée?

A quoi bon passer votre temps Et perdre vos meilleurs instants A rêver quelque mariage?

A pleurer toujours, vos beaux yeux

Deviendront si fort ennuyeux

Que vous ne plairez plus, je gage !

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