PORTRAIT
iouRQuoi ces yeux distraits, ô blonde jeune fille ? Et pourquoi pour un rien ton visage effaré Prend-il subitement un grand air égaré, Comme un oiseau que trouble un pas sous la charmille ?
Déjà de l'avenir as-tu désespéré?
Que crains-tu, pour que même au milieu du quadrille
De nul éclat joyeux ta prunelle ne brille?
Par quel souci ton cœur est-il donc dévoré ?
Semblable à la cavale indomptable et farouche, Dont le frein n'a jamais emprisonné la bouche, Et qui franchit l'espace immense en liberté,
Tu lèves en marchant ta tête noble et fière,
O vierge, et l'on dirait à ton air agité
Une biche qui fuit les chiens dans la clairière !
p&Sfi
« Ceux qui meurent jeunes sont aimés des Dieux. »
IN e regrettons jamais les jeunes gens qui meurent ;
Ils quittent ce monde odieux Pour un monde meilleur; bien fous ceux qui les pleurent: Ils vont monter aux cieux !
Oh ! ne les plaignons pas, mais portons-leur envie ;
Leur sort doit être souhaité :
Car ils sont morts avant d'avoir connu la vie Et sa réalité!
Envions-les: ils vont vers la suprême ivresse.
Au séjour d'immortalité;
Ils vont goûter là-haut l'éternelle jeunesse,
Divine volupté !
Ils vont là s'enivrer aux sources de lumière Et contempler joyeux,
Dans toute sa splendeur la vérité première : Ils sont aimés des Dieux !
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SONNET
Lune, toi qui planas sur ma rêveuse enfance, Toi dont le doux regard souvent m'a consolé Alors que pour un rien j'étais tout affolé, Et que mes maux fermaient mon âme à l'espérance !
Lorsque j'avais reçu quelque brutale offense.
O ma déesse, à peine avais-je contemplé
Ta face qui brillait dans l'espace étoile,
Que tu rendais sa force à mon cœur sans défense !
Toi qui jetais sur moi ce regard maternel, Phare qui me guidas au sentier de la vie, Immense ver luisant dans les buissons du ciel,
Je te promis un culte immuable, éternel!
J'ai tenu mon serment : quand mon âme est meurtrie
Je te regarde, ô* Lune, et je n'ai plus de fiel !